Est-ce parce qu’un film est donné d’entrée de jeu par ses auteurs et promoteurs comme un film « familial », que l’on doit baisser la garde d’une certaine exigence artistique ? Non, évidemment. Il suffit de se rappeler le soin apporté au « Corniaud » ou à « La Grande vadrouille » en leur temps pour se persuader du contraire. Ces films sont « familiaux » et bien écrits, bien réalisés, bien joués, etc. Le « par dessus la jambe » n’était pas de mise. Et c’est pourtant le sentiment que l’on a ressenti à la projection du « Lucky Luke » de James Huth ( en salles mercredi prochain). D’entrée de jeu, l’affiche du film fait problème en déclarant : « Jean Dujardin est Lucky Luke ». Or, c’est exactement le contraire qu’il faudrait afficher : « Lucky Luke est Jean Dujardin ». Dans la lignée donc de Brice de Nice puis des OSS que l’acteur a envahis au point d’en faire des clones dont seuls les costumes changent d’un film à l’autre et qui ont en commun façon ciment inaltérable, une mimique, un comportement, un caractère, bref l’essentiel. La mimique, c’est le fameux œil de pigeon de Dujardin, le comportement, c’est une inépuisable capacité à gaffer, le caractère, c’est celui d’un super héros au cerveau de super benêt. Et le cow-boy imaginé par Morris et Goscinny de rejoindre désormais cette galerie de JeanS DujardinS ! On voit bien que le système est voué à l’échec : aucun acteur ne peut tenir une note unique appliquée à chaque personnage aussi différent soit-il ! A moins d’être un génie façon de Funès dont on peut dire qu’il a phagocyté chaque rôle à son aune de boule de nerfs gesticulante et irrésistible. Mais, c’était de Funès. Le risque est d’autant plus grand que du coup tout disparaît autour de Jean Luke Dujardin, puisqu’il est la seule raison d’être du film. A commencer par la disparition étrange des autres figures récurrentes de la BD : Rantanplan, les Dalton et leur vieille maman, entre autres (on frémit juste à l’idée que ces absences pourraient répondre à un choix commercial destiné à combler les éventuels futurs épisodes qui seraient ainsi marqués par la réapparitions successives de ces figures qui font partie intégrante de la BD). Puis par le scénario que l’on croirait écrit par Luc Besson, puisqu’on nous fait le coup de l’enfance traumatisante du héros, à travers des flash back au ridicule achevé et au tragique parfaitement déplacé dans cet univers de pur divertissement. Ensuite, il faut subir quelques gags éculés sortis tout droit des films précédents ou écrits précédemment pour la télévision par la bande Dujardin-Bruno Salomone (ce dernier fait la voix du cheval de Luke et, nous assurent le générique de fin et le dossier de presse, « parle le cheval depuis l’âge de cinq ans », c’est à se tordre, hein ?) : Billy the Kid sort une banane (« son quatre heures »…) au lieu du révolver attendu… hilarant, non ? Enfin, la seule véritable création du film serait un immense tripot aux allures de château ambulant de la carte à jouer. Mais n’est pas Tim Burton qui veut et il fallait appliquer à cette idée intéressante d’autres prolongements que sa simple utilisation paresseuse et indolente. On en revient donc au même constat : tout est sacrifié sur l’autel d’une idée et d’une seule : Lucky Luke est Jean Dujardin. C’est un peu court, non ? Il est temps que l’acteur Dujardin accepte de disparaître un peu derrière ses rôles pour mieux prouver son talent et sa capacité à les incarner et pas seulement à les jouer comme on le dirait dans la cour de récréation. Ah ! ça ira !La phrase de l’après-midi ?« Et leur règle n’était que cette clause : Fais ce que voudras. »Rabelais, « Gargantua »

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