Hanté par son passé, Mad Max pense que la meilleure manière de survivre est de suivre sa route en solitaire. Il croise bientôt une bande de réfugiés, qui sillonnent le pays dans un camion-remorque transformé en véhicule de combat, conduit par l'Imperator Furiosa. A leurs trousses, les troupes du chef de guerre Immortan Joe tentent de récupérer ce qu'ils lui ont volé en s'échappant de sa Citadelle et leur livrent depuis un combat sans merci.

Tel est donc le synopsis du nouveau « Mad Max » de George Miller, présenté à Cannes hors compétition sous le titre explicite « Mad Max : Fury road ». Il nous a fallu un peu plus d’une heure, soit à mi-parcours, pour en comprendre la véritable signification. Le film revêt dès lors une sidérante capacité de prédiction et une incroyable plasticité à l’actualité immédiate. Comment expliquer autrement qu’il s’agisse bel et bien d’une lecture à chaud de l’affaire Le Pen père et fille ? Chapeau au cinéaste et à toute son équipe ainsi qu’ aux sélectionneurs de nous avoir ainsi proposé ce matin un « Cash investigation » sans Elise Lucet mais dont le contenu est digne d’un éditorial de Thomas Legrand. Sous les allures du film de genre, tout y est en effet. Tout et toutes et tous. Immortan Joe, c’est évidemment Le Pen père auréolé de ses combats anciens, détenteur du pouvoir et de la manne financière, gueule à tête de mort veillant sur un gynécée fécondant pour assurer la relève. On déplore juste l’absence dans le scénario de l’Ex, alias Pierrette, mais le film se concentre sur les figures actuelles, nous ne lui en voudrons pas plus de négliger la figure du félon bien Rebel MG, alias Bruno Mégret. Face au père wagnérien donc, la fille, même symbolique, la fille héritière mais rebelle, figure héroïque des temps nouveaux et qui porte le doux nom d’Imperator Furiosa, alias Marine, on l’aura aisément reconnu sous les traits de Charlize Theron au crâne rasé (habileté du scénariste pour indiquer que le GUD n’est jamais très loin même avec… Furiosa…). Pour tuer le père, l’impétueuse jeune femme trouve donc sur sa route Florian Philippot, pardon Mad Max, incarné ici par Tom Hardy. Oui, Max est en effet hanté par son passé de républicain de gauche, ce temps béni où l’on croyait qu’il avait lu et compris Jaurès (« Un peu d’internationalisme éloigne de la patrie, beaucoup y ramène ») mais à tort. Les sirènes du communautarisme vraiment nationaliste et faussement socialiste le poussant finalement à soutenir la fille rebelle et à lui procurer le diesel idélogique nécessaire au « va-voum, va-voum » (c’est le leit-motiv essentiel du film et le bagage idélogique de Joe comme de Furiosa même si cette dernière a compris qu’il fallait rajeunir le programme à coups de références vertes et de slogans populistes : « De l’eau pour tous et à volonté »). Marion-Maréchal n’est pas oubliée à travers la figure hésitante d’une jeune femme du clan qui oscille entre Joe et Furiosa pour finalement choisir cette dernière. Les amateurs apprécieront à sa juste valeur le principal lieutenant de Joe, soit Bruno Golnisch, campé par un émouvant comptable des efforts de guerre, brute sanguinaire aux pieds difformes et rival d’un autre vieil ami du patriarche qu’on pourrait surnommer Tonton Panzer pour son glorieux passé.

Mad Max
Mad Max © MaxPPP

Blague dans le coin, pour apprécier ce « Mas Max », il faut donc impérativement lui prêter des vertus dont il est absolument dénué. Pour le reste, il s’agit bel et bien d’un immense jeu vidéo sans scénario, interdit aux plus de treize ans et dont la principale frustration réside pour le spectateur dans l’absence d’une console dédiée à son fauteuil. Au moins pourrait-on essayer alors d’emmener cette grosse balourdise sans charme vers des terrains de jeux plus séduisants. Dans son état actuel, il chausse les gros godillots d’un féminisme de bazar qui est en passe de devenir la tarte à la crème d’un Festival pris la peur de ne pas en faire assez et d’un écologisme de supérette qui ne dit rien sinon que l’eau, ça manque et ça mouille aussi, le tout sur fond de paradis vert perdu mais-rien-n’est-perdu-si-tous-les-verts-du-monde-veulent-bien-se-tenir-la-branche. Quant au scénario, à moins comme on l’a vu de le relire en chaussant les lunettes de « Vanneurs actuels », il repose sur le shéma bien connu « Rebelle, vengeance et répression ». Soit le canevas préféré de Luc Besson quand, aux commandes de son circuit de petites voitures télécommandées de marque « Scalextrix », il peaufine son futur scénario. Mais n’est pas Alexandre Dumas qui veut. L’ensemble (des)servi par un débauche d’effets spéciaux sans 3D (là c’est le monde à l’envers d’un cinéma où Wenders tourne des histoires intimistes en trois dimensions et Miller des jeux vidéos sur grand écran en 2D, Méliès, réveille-toi, ils sont devenus fous).

Ultime précision avant de dire que ce « Mad Max » là, oui, clairement, on s’en fiche : l’auteur de ces lignes, amoureux par ailleurs et autre autres des cinémas d’Alain Cavalier et d’André Téchiné, peut également signifier de façon claire et argumentée sa passion pour « Terminator 2 », y compris dans sa comparaison dépréciative avec le premier.

Pour le reste, ah ! qu’il vienne enfin le temps des cerises et des platanes…

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