C’est à dix heures ce matin que j’ai vu le nouveau film de Christophe Honoré (« Dans Paris », « Les Chansons d’amour », pour mémoire). Depuis le retour du Festival de Cannes, c’est le premier grand choc. On en reparlera évidemment puisque le film sort en salles le 17 septembre après avoir été diffusé quelques jours avant sur Arte (procédé curieux sur lequel j’ai toujours quelques interrogations, mais là n’est pas la question !). Oui, mais j’ai déjà envie de vous en parler. C’est peut-être l’effet de la grâce qui baigne littéralement ce film. Adapté de « La Princesse de Clèves » (vous savez ce classique de la littérature française dont certains se demandent comment mais comment il peut encore figurer au programme d’un concours administratif : on commence par supprimer Madame de La Fayette mais où s’arrête-t-on ensuite dans la dégringolade ? C’est cela même la défaite de la pensée), bref adapté et modernisé donc par Honoré et par le plus que doué Gilles Taurand (le-seul-scénariste-au-monde-à-avoir-réussi-à-adapter-Proust-au-cinéma !), joué et déjoué divinement par Louis Garrel, Léa Seydoux, Grégoire Leprince-Ringuet, entre autres, et mis en scène par un Christophe Honoré en liberté totale. Sa caméra ne cesse de traquer les regards et les corps avec une science parfaitement consommée de l’exactitude : c’est là qu’il faut être et pas ailleurs à ce moment de telle scène. Si le film est littéralement touché par la grâce, c’est parce qu’il s’autorise tout (la modernisation, l’irruption d’une chanson dans la bouche d’un protagoniste et c’est une sublime chanson d’Alex Beaupin, l’urgence de parler de la passion amoureuse) et qu’il réussit tout. On savait Honoré doué, on le sait désormais en pleine posture de plénitude créatrice et c’est beau de savoir qu’un artiste tutoie les anges. Au fait, le film s’appelle « La Belle personne » et je n’ai pas fini de vous casser les oreilles avec !Il va par ailleurs de soi que les lignes précédentes sont dédiées à Monsieur Dominique S. qui comme vous le savez m’a interdit de parole. Seulement voilà, et je l’en plains beaucoup, il n’est pas chargé des relations avec la presse pour ce petit bijou. Alors, j’en profite !C’est à onze heures du soir que je suis tombé par hasard sur France 4 et la rediffusion d’un numéro de l’émission « Cinéma, Cinémas ». Anne Andreu, Michel Boujout, Claude Ventura et les autres auteurs de cette émission plus que parfaite, je vous aime ! Tout y est : l’intelligence du propos (ah ! ce petit reportage sur les films préférés de Caucescu !) et l’intelligence du regard et de l’habillage comme on dit. C’est une émission défunte. Et c’est une télévision morte. Il est de bon ton de dire cela puis de verser une larme. Mon humeur est ailleurs : pourquoi la télévision publique n’est-elle plus capable de faire une telle émission qui n’est en rien une émission liée à l’actualité immédiate du cinéma ? L’argument de la télévision grande argentière du cinéma français ne tient pas : il n’est pas question d’une émission de promotion, mais d’une émission sur le et les cinématographes. Mais au fond ceux-là même qui font la chasse à Madame de La Fayette, qu’en ont-ils à faire de Méliès et Welles, de Renoir et Ford, de Murnau et Pasolini ? C’est du pareil au même. Un passé, une culture, une histoire, une généalogie, un tracé ? Des gros mots, rien que des gros mots. La phrase du jour ?« Rêve, mon petit, rêve, même si le chasseur dans la nuit remplit de peur ton cœur d’enfant » Extrait de la comptine du prologue du film de Charles Laughton, « La Nuit du chasseur »

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