C'est une histoire parfaitement scandaleuse racontée par un cinéaste très talentueux et jouée par des acteurs inspirés. Fermez le ban, tout est dit et je peux retourner à mes vacances... Seulement voilà, même en plein mois d'août, vous êtes des lecteurs certes bénévoles mais malgré tout exigeants. Tout cela est un peu court. Il manque à tout le moins un titre et des noms. Et quelques petites choses vues.

affiche Me Solario
affiche Me Solario © JML Distribution

Il s'agit de "Madame Solario", le nouveau film de René Féret qui sera dans les bonnes salles le 22 août. Avec dans les rôles principaux Marie Féret, Salomé Stévenin, Cyril Descours, entre autres.

On est sur les bord du lac de Côme en septembre 1906. Il faut bien se dire qu'alors le monde est encore possible, n'est-ce pas ? Vous vous rendez compte, 1906... ni la grande boucherie, ni le génocide n'ont encore déferlé sur ces hommes et ces femmes. On est dans l'insouciance folle d'une villégiature insouciante où seules comptent les convenances et les apparences bourgeoises. Ils ne savent même pas ces bourgeois empesés qu'ils dansent sur un volcan. Ils ne savent pas ce que sont l'amour et la passion et la liberté de tout faire et de tout dire. Natalia Solario et son frère Eugène Ardent vont se charger de le leur faire savoir dans une sarabande enfiévrée où il s'agit d'affoler les corps pour faire passer la monnaie, tout en réservant ses véritables sentiments pour un ailleurs interdit mais savoureux. Ah que les robes sont belles ! Ah que ce palace est splendide ! Ah que ce lac est tranquille ! Ah etc ! Oui, mais voilà, la vraie vie est ailleurs. C'est ce que capte Féret à la perfection en filmant ce couple pas comme les autres, ce couple familial, ajoutant un nouveau volet à ses observations antérieures. De film en film, il explore "ce qui fait famille" avec une incroyable diversité de situations : un jour, il nous parle de lui, un autre de la famille Mozart et aujourd'hui de ce frère et de cette sœur pas tout à fait comme les autres.

Dans le calme et l'opulence des riches, l'intrusion sournoise de la manipulation des corps et des esprits a de quoi réjouir. Ce film éminemment ophulsien promène son élégance pour mieux révéler des gouffres et des monstres. A l'instar des notes de Saint-Saëns auxquelles répond très habilement une fabuleuse chanson noire reprise en son temps par Nougaro et chantée ici par Salomé Stévenin : "Les Petits pavés" de Vaucaire et Delmet. Le film est à l'image de cette improbable rencontre qui fait sens. On ne saurait mieux dire et le chic et le choc. Ces pavés dans la mare convenable d'une bonne société contente d'elle-même, Féret les lance avec une formidable économie de moyens, une retenue parfaite dans la description. Pas d'emphase, pas de dramatisation excessive : tout est dit, montré, décortiqué même sans l'ombre d'une pesanteur, sans jugement. C'est pourquoi, le film imprime sa marque en nous. On est entré sans difficulté dans ce bel univers doré, on en ressort avec la froide sensation d'une descente aux enfers vénéneuse. La formidable hypocrisie qui est ici érigée en règle de vie vous prend à la gorge. En ce sens, "Madame Solario" est déjà un beau film classique et sulfureux, c'est à dire qu'il revêt de beaux habits pour mieux montrer l'intérieur du cadavre. Il a ainsi le charme définitif, complexe et envoûtant des fleurs vénéneuses. C'est un beau redémarrage pour une nouvelle année de cinéma...

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