Un auditeur m’a vertement reproché dans un mail ma critique expéditive du nouveau film de Stéphane Brizé, « Mademoiselle Chambon », hier en direct de Lyon, Je plaide coupable sur la forme en raison d’un manque de temps à l’antenne pour argumenter. Mais je maintiens mes propos sur le fond ! Je n’ai pas été sensible à cette rencontre entre le maçon Vincent Lindon et l’instit Sandrine Kiberlain. Mais alors vraiment pas. Que le propos de Brizé soit à ce point minimaliste, que l’on sache d’entrée de jeu qu’entre le prolo marié et la prof célibataire aura lieu un coup de foudre dévastateur, c’est la porte ouverte à l’ennui spectaculaire. L’histoire du cinéma est peuplé de ce genre de situations de départ minimales, mais ce qui fait le différence ensuite, c’est le traitement évidemment. Avec le très réussi « Je ne suis pas là pour être aimé », on avait l’impression que Brizé avait intégré cette donnée essentielle : à situation initimiste pauvre, traitement ultérieur riche. Or, ici, c’est le désert absolu. Par exemple, Brizé avait compris, du moins le croyait-on, que tous les personnages ne pouvaient baigner dans une sorte de béatitude niaisaude, d’où par exemple le personnage formidablement grincheux et antipathique de Georges Wilson dans « Je ne suis pas là… ». Dor, dans « Mademoisele Chambon », à l’inverse, c’est tout le monde il est beau, tout le monde il est humain ad nauseam. Depuis la femme trompée jusqu’au père grabataire, chaque personnage, y compris les plus secondaires, participe à une humanité confite en dévotion(s) et en sainteté potentielle. On a alors l’impression de lire une histoire de Sandrine à la plage de l’adultère mais sans plus. C’est une histoire d’amour impossible entre deux bisounours, entre deux super-Neuneux. Le cinéma là-dedans ? Il n’est pas là. Rien ne vient sublimer des situations ternes, des dialogues sans relief et des caractères à l’eau tiède. Pas l’ombre d’un style cinématographique qui ferait oublier l’inanité du propos central. On serait prêt à décoller, mais il n’y a pas de pilote dans l’avion.Je n’ai pas lu le roman dont le film est tiré. Je ne sais pas si le film lui est fidèle ou non et ce n’est pas ici la question. En l’état, le film de Brizé joue sur les ressorts faciles de l’identification avec des personnages lisses et en permanence au bord des larmes. Un confrère a récemment écrit que les dialogues oscillent entre le comique et l’émotion (question : il faut choisir au bout d’un moment non ? Filmer, c’est choisir !). Pour le comique, je confirme. Pour l’émotion, je pense pour ma part qu’elle est télécommandée, inscrite dans les gènes d’un scénario formaté pour émouvoir. « Sors de ce corps Claude Lelouch », a-t-on envie de crier. Comme si rien n’avait changé depuis « Un homme et une femme » et son sentimentalisme de pacotille. Heureusement, la vraie vie nous parle autrement d’amour.Ah ! ça ira !La phrase de la nuit ?« C’est bon signe, non ? » X.

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