de Valérie Donzelliavec Valérie Lemercier, Jérémie Elkaïm et Béatrice de Staël

Quand Hélène Marchal et Joachim Fox se rencontrent, ils ont chacun des vies bien différentes. Hélène dirige la prestigieuse école de danse de l’Opéra Garnier, Joachim, lui, est employé d’un miroitier de province.Mais une force étrange les unit. Au point que, sans qu’ils puissent comprendre ni comment, ni pourquoi, ils ne peuvent plus se séparer.

Valérie Donzelli

Valérie Donzelli
Valérie Donzelli © Radio France

Le film est une rencontre entre deux personnages, qui vont évoluer ensemble tout au long de l’histoire. C ‘est un parcours initiatique. C’est le point commun de mes trois films. La rencontre, le couple et ce qu’ils ont appris. Dans La Reine des pommes c’était la rupture sentimentale qui lui permettait de rencontrer Rachel, d’être ainsi sujet de sa vie, dans La Guerre est déclarée, c’est la perte de l’insouciance, et l’épreuve qu’ils surmonteront ensemble, et dans Main dans la main, c’est une rupture forcée, qui amène une ouverture et une rencontre.

Le choix de Valérie Lemercier C’était à l’origine même du projet : écrire un film pour Valérie Lemercier et Jérémie Elkaïm. Je trouvais qu’ils formaient un duo intéressant. J’avais envie de les voir réunis au cinéma. Et puis j’aime l’Opéra Garnier, j’aime la danse, les petits rats, les tutus, j’avais envie que ça se passe dans cet univers-là. Je savais que Valérie Lemercier aimait la danse aussi. Je trouvais cela cohérent de la voir en directrice de l’Opéra Garnier. Pour moi, le talent de Valérie Lemercier, sa classe, son élégance n’étaient pas assez exploités. Elle ne jouait pas forcément dans les films comme j’avais envie de la voir. J’avais envie de montrer autre chose d’elle. C’était un défi : l’amener vers ce que je voulais et en même temps me nourrir de sa personnalité. Valérie Lemercier est une grande actrice, toujours au service du film, elle a une capacité de travail phénoménale. Elle est partante sur tout, tout l’amuse, elle a une vraie énergie communicative.

Jérémie Elkaïm en petit rat de l'opéra Jérémie est doué pour danser. Il a pris quelques de cours de danse classique car il n’en avait jamais fait. Michael Denard, le grand danseur étoile, était son professeur, c’est d’ailleurs ce même Michael qui joue le chauffeur d’Hélène Marchal. J’aimais bien l’idée de mettre Joachim en collant au milieu des petites filles. Si le personnage avait été une femme cela aurait été humiliant et ridicule pour le personnage, or là c’est amusant. Et puis Jérémie en collant, c’est assez irrésistible. Joachim est à l’opposé de tout ce qu’on peut imaginer d’un homme viril mais on le devine en même temps très à l’aise dans sa sexualité. Joachim est très réservé, il a une certaine forme de soumission, mais il a une vraie force comme tous les soumis. Quand il décide d’arrêter, il arrête. C’est un personnage très sain. Il est libéré de son image, il file, il fait du skate. Pour le couple qu’il forme avec Hélène à la fin, c’était très important pour moi qu’on les sente épanouis par leur relation, que ce ne soit pas du tout celle d’un petit garçon qui a trouvé une maman et vice versa.

Valérie Lemercier

Valérie Lemercier
Valérie Lemercier © Radio France

Quand je suis actrice, je suis très docile, enfin je pense ! Je faisais entièrement confiance à Valérie, je m’en remettais à elle. Je ne savais jamais à l’avance comment j’allais jouer une scène, comment elle la voyait, comment elle voulait la filmer. A part me préparer physiquement à être synchro avec Jérémie, prendre quelques cours de danse et apprendre mon texte, c’était l’inconnu total et j’avais besoin de ses indications tout le temps. J’étais très impressionnée par sa volonté et son énergie. Ellesait ce qu’elle veut et ne lâche jamais.Le travail de synchronisation avec Jérémie Elkaïm On a travaillé des jours entiers avec le chorégraphe Fabrice Ramalingom et Magalie Gajan, qui nous ont appris à faire la même chose en même temps : s’asseoir, se lever, tourner la tête, lever le bras… Au bout de plusieurs semaines d’exercices, on arrivait, sans top, sans directives, à faire les mêmes mouvements. Quand on se brossait les dents par exemple, on allait du même côté, puis de l’autre sans se le dire. C’était devenu automatique, on se connaissait.Un film entre rire et larmes En général, les metteurs en scène veulent que les acteurs pleurent. Valérie, elle, veut qu’on soit sincère mais pas pour autant qu’on mette nos tripes sur la table. Elle n’a pas envie qu’on s’écroule en larmes, elle veut de la tenue, préfère qu’on joue à pleurer, avec notre petit mouchoir. Quand elle donne ses indications de jeu, elle joue un peu à la poupée : alors tu mets ta petite main là… Comme si elle esquissait un dessin.Quant aux choses drôles, elles sont vraiment drôles et surprenantes, elles adviennent malgré les personnages. Notamment le mien, qui n’est pas spécialement comique. Généralement dans les comédies, je dois amener « mon manger » en tant que comédienne drôle. On me paye pour ça : faire rire. Ici, je ne sentais pas du tout cette obligation d’avoir à prendre en charge le comique.

Jérémie Elkaïm

Jérémie Elkaïm
Jérémie Elkaïm © Radio France

Pendant toute la tournée province de La Guerre est déclarée, on nous a demandé, à Valérie et moi, si on était à nouveau ensemble, si on était encore séparés, quel genre de rapports on avait… Ce n’est pas que nous bottions en touche mais nous étions dans l’impossibilité de dire autre chose que : « On ne sait pas trop. C’est trouble, c’est plein de choses à la fois… ». C’était la vérité de notre rapport, on était honnête, on n’avait pas de réponse toute faite à donner. C’est un peu comme les papiers administratifs, quand on doit cocher des cases mais qu’on ne se reconnaît dans aucune. Valérie et moi sommes deux personnes qui faisons des choses ensemble sans qu’on réussisse à nous mettre une étiquette.Le succès de La guerre est déclarée Je trouve plus dur de faire avec des compliments que de faire avec des reproches. Ça protège moins que de n’être pas attendu, que de faire les choses tout seul dans son coin. Mais comme on était déjà en pleine fabrication du film au moment de la sortie de La Guerre est déclarée, on n’a pas vraiment vécu l’atermoiement après un succès.Surtout, ça désacralise les compliments de les entendre alors que l’on est dans les affres de la création du prochain film. Il y avait un décalage entre les éloges, parfois excessifs, que l’on recevait, et les doutes dans lesquels nous étions quant à la fabrication du film à venir !Une chose vraiment positive concernant le succès de La Guerre est déclarée, c’est que les financements sont arrivés plus facilement pour Main dans la main. Mais là encore, c’est relatif car dans notre système, l’important n’est pas d’avoir le plus d’argent possible mais celui dont on a besoin, et d’être en cohérence avec l’esprit des films. On a autant de plaisir à faire La Reine des pommes que Main dans la main, on est dans les mêmes questions de cinéma, de narration.

Valérie Lemercier et Jérémie Elkaïm
Valérie Lemercier et Jérémie Elkaïm © Radio France
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