Je viens d’avoir une idée de génie pour un scénario qui casserait la baraque. Bon voilà, c’est l’histoire d’une femme forcément méritante parce qu’issue de l’immigration, une battante bardée de diplômes (des vrais et d’autres…), une fana des galas et une fada de « Gala », qui plus est à la tête du Ministère de la Justice, situé Place Vendôme, une adresse idéale quand on aime les beaux bijoux et les grands couturiers. Un jour, elle se retrouve enceinte, ayant fait, comme chanté l'autre, un bébé toute seule. A partir de ce jour, chaque membre du gouvernement auquel elle appartient va à un moment ou un autre se fendre d’un communiqué pour dire qu’il n’est pas le père de l’enfant à naître. Même UNE ministre signe un communiqué de presse en ce sens, mais on met cette petite défaillance sur le compte d’un emploi du temps très chargé : elle est ministre et de la Santé et des Sports, c'est tout dire... Même un ex-chef de gouvernement étranger à la moustache autoritaire juge nécessaire de publier un démenti outragé… Mais alors de qui est l’enfant de la ministre ? Et si c’était le … Bon, j’arrête là. Mais imaginez un instant que ce film ait été inventé, il y a six mois : on aurait balayé d’un revers de main ce théâtre de boulevard, cette pantalonnade indigne, bref ce scénario tordu inventé par un malade qui en veut à nos institutions et à nos gouvernants. Mais ces derniers n’ont manifestement pas besoin du cinéma pour être ridicules. Et la fiction n’est rien comparée à l’insondable stupidité de la comédie humaine.La lecture du « Monde » de ce week end s’est avérée très instructive. On pouvait y découvrir en page 21 un petit scoop concernant le cinématographe. Selon une étude « encore confidentielle du Centre d’économie industrielle de l’Ecole des Mines de Paris, l’immense majorité des films français produits en 2005 n’ont pas été rentables. » Il faut toujours se réjouir d’avance de voir les géomètres envahir le terrain culturel : on est certain de rigoler un bon coup. Ils sont aussi désopilants que les esprits totalitaires : quand un jour on a dit à Staline que seulement dix films sur les 50 produits dans l’année par les glorieux studios de la nation des Soviets avaient connu du succès, il a répondu avec ce bon sens qui caractérisait si bien le petit père des peuples que l’an prochain il suffirait d’en produire dix de ce style et pas un de plus. Merveille de la pensée en mouvement. Nos géomètres de l’école des Mines (ne comptez pas sur moi pour faire quelques plaisanteries douteuses sur ladite école et sa pertinence dans les salles obscures… Cela dit, Jean Mineur Publicité quand même… non, soyons sérieux, passons), nos experts donc ont trouvé la solution miracle pour remédier à cette situation inquiétante à l’heure où le "capitalisme financier" (pléonasme, non ?) montre avec éclat que les critères de rentabilité et l'équité comptable sont des préoccupatios de tous les instants... Pour eux, c’est clair, les films à petit budget doivent devenir des téléfilms, « et pi c’est tout ». Vous suivez bien leur raisonnement au moins ? Appliqué à l’industrie automobile, cela donnerait la chose suivante : les voiture ne sont pas rentables, donc on n’a qu’à fabriquer des modèles réduits pour enfants. De Renault, on passe à Majorette et le tour est joué. C’est évidemment inepte. Cette façon incroyable de dire que la solution, c’est de transformer des films de cinéma en téléfilms relève de l’escroquerie intellectuelle. Le formatage de la télé, la dictature du prime time qui nécessite des programmes tous publics, la tyrannie de l’audimat, les audiences en baisse des grandes chaînes jusque là fortunées au profit d’une myriade de petites chaînes désargentées donc incapables de produire la moindre fiction, etc… Ont-ils déjà entendu parler de tout cela, nos vaillants experts-mineurs qui poussent leurs wagonnets statistiques ? Ils s’en contrefichent comme de tenir compte de la spécificité des industries culturelles. Mais ce sont les mêmes qui hier s’emportèrent contre la loi sur le prix unique du livre, les mêmes qui aujourd’hui voient d’un œil patelin les atteintes multipliées aux droits des auteurs et des artistes, les mêmes enfin qui applaudissent la transformation des musées nationaux en aléatoires pompes à fric internationales. Que l’on s’interroge sur le financement du cinéma français, comme le fait actuellement avec beaucoup plus d’intelligence et d’acuité, le fameux groupe de réflexion conduit par la cinéaste Pascale Ferran, oui, mille fois oui. Que des fanatiques de la calculette et des plans comptables s’emparent à eux seuls du dossier, non ! Le problème de ces gens-là, c’est qu’ils sont capables de confondre un film de Christophe Honoré ou de Jacques Doillon avec un paquets de biscuits au chocolat ou à la fraise et d’en tirer des conclusions « rationnelles ». Aux fous !La phrase du jour ? « Ah ! J’ai toujours été convaincu qu’ Yvonne de Gaulle voyait son mari comme un enfant ; j’en suis sûr parce que c’est logique. C’est normal, c’est le côté : « Ne prends pas froid, ne va pas leur dire ça, tu vas encore avoir des ennuis » je crois que c’est normal et on peut regarder les hommes comme cela, au fond, oui. »François Truffaut, décembre 1971

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