"Marie Stuart" ou "La Favorite" ? Hasard du calendrier, deux films sur la monarchie anglaise se chevauchent dans les salles de cinéma. Est-ce que cette reconstitution de la lutte pour le pouvoir entre Marie Stuart et Elizabeth 1e est réussie ? En tous cas, pour un premier film, Josie Rourke a choisi un sujet épineux...

Saoirse Ronan, dans le rôle de Marie Stuart, reine d'Ecosse, dans le film éponyme de Josie Rourke (sortie le 29 février 2019)
Saoirse Ronan, dans le rôle de Marie Stuart, reine d'Ecosse, dans le film éponyme de Josie Rourke (sortie le 29 février 2019) © FOCUS FEATURES LLC. ALL RIGHTS RESERVED

Le résumé du film, par Jérôme Garcin

Veuve à 18 ans, après le décès de son époux le Roi de France, François II, Marie Stuart (Saoirse Ronan) quitte la France en 1561 pour revenir dans son Écosse natale et monter sur le trône qui lui revient de droit. Mais la reine d'Angleterre Élisabeth 1e (Margot Robbie) n'est pas du tout d’accord. Elle finit, après maints épisodes, trahisons, complots, par la faire enfermer. Marie Stuart sera exécutée en 1587 sur ordre de sa rivale ; le bourreau eut besoin de trois coups de hache pour l’achever. Côté costumes, décors et chevaux on en a pour son argent. 

"C'est moins étouffe-crétin que le Lanthimos" – Xavier Leherpeur

XL : C'est moins étouffe-crétin que le Lánthimos (La Favorite).

Le scénario aurait pu être très bien car il s'aventure sur le terrain du féminisme. Il montre qu'elles étaient moins en train de se trahir elles-mêmes, que d'être trahies par les hommes qui les entouraient. Ce sont les hommes : pères, frères, maris qui sont autour d'elles, qui cherchent à récupérer ce pouvoir, qui ne peut pas appartenir à des femmes. Si le scénario s'était focalisé là-dessus, cela aurait été une bonne idée, sauf qu'il se veut aussi pédagogique : on nous rappelle tout le temps la situation des protestants, des catholiques, les guerres de religion, la position du Pape… Il y a toujours une dimension pédagogique qui vient entraver la dimension féministe du scénario.

Et il y a la mise en scène : la réalisatrice, Josie Rourke, vient du théâtre et on sent son angoisse. La caméra passe son temps à bouger dans des installations qui sont très scénographiques, très lourdes, très démonstratives… Et à un moment donné, on a envie de lui dire "calme ta caméra, trouve un point de vue, trouve quelque-chose sur lequel t'ancrer"… Elle veut faire un plan esthétique à chaque seconde, ce qui est insupportable.

Margot Robbie, en Elizabeth Ire, sur la tournage de "Marie Stuart" de Josie Rourke (sortie le 27 février 2019)
Margot Robbie, en Elizabeth Ire, sur la tournage de "Marie Stuart" de Josie Rourke (sortie le 27 février 2019) / Universal Pictures International France

"Révisez votre Histoire de l'Angleterre en technicolor" – Eric Neuhoff

EN : Moi je préfère cent fois Lánthimos, au moins c'est marrant, il se passe quelque-chose, c'est écrit... Là c'est vraiment le cours du soir : révisez votre Histoire de l'Angleterre en technicolor !

C'est un film très soigné, qui a dû coûter très cher, très banal aussi. Tout est attendu, on voit l'exécution pratiquement dès le début et on la retrouve à la fin. Le film n'est pas très intéressant.

"Je trouve ces femmes proches de moi" – Sophie Avon

SA : Je vous trouve sévère, moi aussi je préfère le Lánthimos, mais là je trouve quand même que Josie Rourke a un sens du cadre, de la couleur, des costumes, du décor qui est assez beau. Et qu'importe si ça sent le théâtre, je trouve qu'il y a une façon de montrer : en général les reconstitutions historiques sentent vite le renfermé, et là ce n'est pas le cas. Il y a quelque-chose de sauvage, de très beau, il y a quelque-chose de caverneux et de minéral.

Ce que je trouve très réussi dans ce film aussi, c'est qu'elle parvient à dépasser les intrigues de cour, et la phallocratie environnante pour en faire des enjeux humains. Je trouve ces femmes proches de moi, la façon dont les hommes leurs contestent le pouvoir en permanence, je trouve ça très vivant.

Saoirse Ronan, en Marie Stuart, dans le film du même nom de Josie Rourke (sortie le 29 février 2019)
Saoirse Ronan, en Marie Stuart, dans le film du même nom de Josie Rourke (sortie le 29 février 2019) / Universal Pictures International France

"Les gens sont flattés d'être face à de grands sujets" – Michel Ciment

MC : J'y suis allé avec ces critiques condescendantes habituelles sur le cinéma anglais, sur les films en costume... Et au contraire j'ai été extrêmement surpris et même impressionné par ce premier film. Josie Rourke est une débutante qui vient du théâtre, mais ce n'est pas un handicap. Cela se voit dans la mise en scène : il y a un sens de la scénographie, de l'espace...

J'ai trouvé le sujet passionnant, ça nous change de la 168e tranche de vie économique et sociale qu'on nous livre toutes les semaines. 

Dans la salle, les gens retenaient leur souffle, les gens sont flattés d'être en face de grands sujets.

Aller plus loin

Sortie en salles le 27 février 2019

🎧 Écoutez l'ensemble des critiques échangées à propos de ce film sur le plateau du Masque et la Plume...

8 min

La critique de "Marie Stuart" de Josie Rourke

Chaque dimanche à 20h, retrouvez les critiques du Masque et la Plume réunis autour de Jérôme Garcin pour parler cinéma, théâtre ou littérature.

À noter que d'autres critiques de films du Masque et la Plume sont à retrouver ici !

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