Marilyn Monroe
Marilyn Monroe © MaxPPP / Cecil Beaton

Je n'ai jamais aimé le nom de Marilyn. J'ai souvent regretté de ne pas avoir insisté pour m'appeler Jean Monroe, comme je le souhaitais. Mais je suppose qu'il est trop tard pour y changer quoi que ce soit.

Que serait devenue Marilyn Monroe ? Une actrice reconnue et respectée, ce à quoi elle aspirait, ou une vieille gloire hollywoodienne trop maquillée et un peu oubliée ? La question ne se pose pas puisque sa disparition dans la nuit du 5 août 1962 l'a propulsée au rang d'icône.Ce 1er juin, jour où elle aurait pu avoir 90 ans, est un joli prétexte pour évoquer une nouvelle fois le mythe au travers de cinq de ses films

Mais qui est cette blonde ?

Louis Calhern et Marilyn
Louis Calhern et Marilyn © corbis

1950 - The Asphalt Jungle (Quand la ville dort) de John Huston Marilyn vit alors une liaison avec Johnny Hyde , impresario de 30 ans son ainé et l'une des figures les plus marquantes du Hollywood de l'époque, qu'elle refusera toujours d'épouser.C'est lui qui la présente à John Huston et Arthur Hornblow (le producteur) pour l'audition du rôle d'Angela dans The asphalt Jungle . Mais Marilyn fait une erreur en misant tout sur son allure provoquante. Malade d'angoisse, elle ne réussit qu'à donner aux deux hommes l'image "d'une petite débutante morte de trac ".Il fallu tout l'entregent de Johnny Hyde et la ruse de Lucille Carroll (fameuse chasseuse de jeunes talents de la MGM) pour obtenir une seconde audition en présence cette fois ci de Louis B Mayer, le grand patron de la MGM, qui fut charmé. "Elle est très bien " décréta-t-il. Huston et Hornblow n'eurent plus qu'à s'incliner.Marilyn joue donc Angela la maitresse d'un avocat véreux, Alonzo Emmerich, interprété par Louis Calhern .Dans le film, Emmerich fait passer Angela pour sa nièce, tout simplement parce qu'en 1950, le mot "maîtresse" tombait encore sous le coup de la censure.Lorsque le film sort, son nom n'est pas crédité au générique. La Fox reçoit des dizaine de lettres avec la même interrogation "Mais qui est cette blonde ?"

Les critiques à l'époque : Liza Wilson dans Photoplay : "On y voit également une blonde splendide, une certaine Marilyn Monroe, qui joue le personnage de l'amie de Calhern et qui tire le maximum de son temps de tournage. "

Premier rôle

Richard Widmark et Marilyn
Richard Widmark et Marilyn © Getty Images

1952 - Don't bother to knock (Troublez-moi ce soir) de Roy Baker Peu connu, ce film est pourtant celui ou Marilyn tient pour la première fois le premier rôle. C'est également la première fois qu'elle interprète un personnage différent de la blonde sexy qui l'a fait remarquer et dans lequel on la cantonne depuis ses débuts.

"Sur le plateau, tout le monde pensait :"C'est pas possible ! On ne peut pas garder ça, ça ne vaut rien." Et puis on regardait les rushs, et elle nous éclipsait tous " confiera Richard Widmark

Les critiques à l'époque :Archer Winsten dans le New York Post : "Les amateurs d'étrangetés psychanalytiques contesteront certains détails de l'interpréation de Miss Monroe mais j'estime, pour ma part, qu'elle est très bonne, compte tenu de son manque d'expérience dramatique et de son physique de music-hall. "Otis L.Guernsey dans le NY Herald Tribune :"Discrète, onctueuse, Miss Monroe traverse la succession des événements et tempère de malice puérile le côté hystérique du personnage. "Franck Quinn dans le NY Daily Mirror : "Marilyn Monroe dont les rôles à l'écran n'ont eu jusqu'ici d'autre utilité que celle de montrer ses attributs et ses charmes naturels, apparait sous un jour différent. Plus qu'une femme séduisante, c'est une actrice qui promet "

La comédienne

Marilyn sur le tournage de Bus Stop
Marilyn sur le tournage de Bus Stop © Getty Images

1956 - Bus Stop (Arrêt d'autobus) de Joshua Logan Ce tournage marque le grand retour de Marilyn à Hollywood. Un an auparavant, elle a claqué la porte de la Fox, s'est installée à New York, a créé sa propre maison de production avec le photographe Milton Green et a suivi les cours de l'Actor's studio .Pour beaucoup, ce vingt-quatrième film de Marilyn marque l'apogée de sa carrière. Son jeu dans Bus Stop doit beaucoup à l'enseignement de Lee Strasberg .Elle commence par travailler son accent, puis le maquillage, très pâle. Le personnage de Cherie chante et danse toute la nuit, dort presque toute la journée et ne voit donc quasiment pas le soleil.Pour la mise en scène, Marilyn souhaite John Huston, mais il n'est pas disponible. ce sera donc l'un des metteurs en scène les plus populaires de Broadway, Joshua Logan . "Mais Marilyn joue comme un pied " commente-t-il. Ce à quoi Lee Strasberg répondra : "J'ai travaillé avec des centaines et des centaines d'acteurs, en privé et au Studio. Et il n'y en a que deux qui dominent vraiment la mêlée. Le premier est Marlon Brando et la seconde est Marilyn Monroe "

Les critiques à l'époque : Bosley Crowther dans le New York Times :"Que chacun reste assis car voici une surprise : dans Bus Stop, Marilyn Monroe vient d'administrer la preuve qu'elle est une actrice. Elle et le film sont extraordinaires" .

Crépusculaire

Marilyn et Arthur Miller sur le tournage des Misfits
Marilyn et Arthur Miller sur le tournage des Misfits © Getty Images

1961 - the misfits (Les désaxés) de John Huston Le scénario est adapté d'une de ses nouvelles par Arthur Miller . Dès le début du tournage l'ambiance est tendue. En particulier entre Marilyn et Miller dont le mariage est en train de sombrer. Marilyn, hyper perfectionniste, est très souvent en retard par peur de ne pas être prête, et parfois assommée par les médicaments. A sa décharge, tous les soirs, son mari réécrit des scènes entières qu'il lui communique lorsqu'elle va se coucher ou à son réveil. Or les changements de dernière minute ont toujours paniqué l'actrice. De plus, Miller s'étant beaucoup inspiré de sa femme pour le personnage de Roslyn, Marilyn a la sensation de jouer sa propre vie. Le rêve de Marilyn de tourner dans une oeuvre de son mari se transforme en long cauchemar."Quand je pense que c’est Arthur qui me fait ça ! C’est pour moi qu’il devait écrire ce film. Il aurait pu faire un effort, mais non : c’est "ça" que je reçois ! […] Tout est fini. Nous devons rester ensemble car cela ferait une mauvaise publicité au film si nous nous séparions maintenant. Mais c’est un véritable martyre, je ne sais pas combien de temps je tiendrai le coup ."Le tournage s’achève le 5 novembre 1960. Le 11, le couple annonce sa séparation. Marilyn est par aillleurs très impressionnée de tourner avec Clark Gable, l'image rêvée du père qu'elle n'a pas connu. Ce n'est sans doute pas le meilleur film de Marilyn, Gable ou Clift, mais c'est leur dernier, à chacun, d'ou le mythe qui entoure le drame de John Huston

Les critiques de l’époque :Paul V Beckley dans le New York Herald Tribune - “Il est manifeste que ce film doit beaucoup à la personnalité de Miss Monroe. Son jeu devrait inciter à changer d’opinion ceux qui doutent de ses talents d’actrice "Kate Cameron dans le New York Daily News - "Gable n’a jamais été meilleur et c’est également vrai pour Miss Monroe. Le jeu de Gable est puissant et palpitant, l’interprétation de Miss Monroe conforme au personnage imaginé par Miller… Dans la dernière partie du film, l’écran vibre littéralement, lorsque Marilyn et Gable s’affrontent ."

L'histoire d'une photo

1962 - Something got to give de George Cukor Le tournage a démarré le 23 avril et ne se passe pas bien. Marilyn ne s'entend pas avec le réalisateur et est en conflit avec la Fox qui finit par la remercier. On sait aujourd'hui que le Studio perdait beaucoup d'argent sur le tournage pharaonique de Cléopâtre avec Liz Taylor et ne pouvait (voulait ?) pas faire face à un nouveau gouffre financier.De ce film, il reste aujourd'hui un bout à bout de 40 minutes ou l'on découvre une Marilyn affinée, blondissime et rayonnante.

Il reste également les photos d'une scène mythique : Marilyn nageant nue dans une piscine Photojournaliste, Lawrence Schiller a débuté en travaillant pour Life, Playboy et Paris Match. Il a photographié quelques-unes des icônes des années 60, de Lee Harvey Oswald à Robert Kennedy, d’Ali et Foreman à Redford et Newman. En 1962, Lawrence Schiller a 25 ans et est en mission pour Paris Match. Il connait déjà Marilyn. Ils ont tissé des liens deux ans auparavant sur le tournage du Milliardaire .

Lawrence Schiller suit donc le tournage de Something Got to Give pour Paris Match. De son propre aveu, "quand j’ai lu le scénario, il ne m’a pas fallu longtemps pour trouver la scène que j’étais sûr de vouloir photographier ." Mais il n’avait cependant pas imaginé que ce 23 mai 1962 allait marquer à ce point sa carrière.

Marilyn Monroe - La piscine
Marilyn Monroe - La piscine © Getty Images / Lawrence Schiller

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