Dans le dernier film de Lars Von Trier "The House that Jack Built", Matt Dillon interprète Jack, un tueur en série rongé par l'angoisse et la douleur de ne pas être un grand architecte. Matthieu Culleron a rencontré Matt Dillon à Paris.

Matt Dillon le 14 mai 20018 au Festival de Cannes
Matt Dillon le 14 mai 20018 au Festival de Cannes © AFP / Loic Venance

Qu'avez-vous pensé de ce personnage lorsque vous avez lu le scénario ?

"J'avais peur de faire ce film, c'était très risqué. C'était dangereux, d'une certaine façon, de faire ça. J'avais aussi peur de faire un rejet de mon interprétation. Et puis j'ai vu le film avec Lars, et je me suis senti soulagé, car je me suis dit qu'il avait réussi. J'étais OK avec mon interprétation. J'ai même trouvé ça très bon ! Je ne suis pas intéressé par les serial killers, ce n'est pas un sujet qui me touche. Le film parle de bien d'autres choses que de tueurs en série. Ça parle d'un artiste raté, d'un artiste frustré, c'est aussi un film sur la compulsion."

Quelles genres de questions avez-vous posé à Lars Von trier sur le film ?

"Tout d'abord je lui ai demandé : "Pourquoi tu veux faire ce film ?" et il m'a dit : "Car tous les hommes dans ce film sont idiots !" Il m'a aussi dit rapidement qu'il portait toujours l'entière responsabilité de ses films. Et je lui ai  dit : "C'est bien car ce n'est pas moi qui vais le faire [rires] !" De toute façon, je pense que ses films sont des films responsables. Tout simplement parce qu'ils sont bons. Je crois que c'est un cinéaste génial et un vrai artiste, un homme immensément brillant. Je le pense vraiment."

Vous ne pensez pas que votre personnage Jack c'est Lars Von Trier ?

"Il y a beaucoup de Jack en Lars : la nature compulsive , la frustration créative... Ça, c'est Lars ! Après, il n'est pas malveillant. Il fait des choses pour provoquer, il fait des choses pour briser les règles... Mais il le fait car il pense que c'est son devoir. Il y a du sentiment dans ses films, il explore la partie la plus sombre de l'humanité."

Vous pensez que Lars se considère plus comme un ingénieur ou un architecte (question que se pose Jack dans le film) ?

"C'est une bonne question... [Il réfléchit longuement] Je crois qu'il est les deux : un ingénieur et un architecte. Il peut être très pointilleux par rapport à ce qu'il veut et parfois, personne ne comprend ce qu'il fait. Parfois, ce n'est qu'à la fin du tournage du film, en le voyant, que l'on comprend sa démarche. Lars m'a dit qu'il ne voulait jamais de répétition. "Fais moi confiance", disait-il et c'est ce que j'ai fait. Car c'est un grand cinéaste. On a eu aussi une longue discussion sur l'improvisation : " Je veux que l'on soit libre de faire des erreurs", disait-il. Il m'a ensuite dit que nous allions faire les choses de façon bordélique, tenter des choses et emmerder tout le reste. J'aime cette idée car je suis un acteur spontané."

Travailler avec Lars von Trier, c'est très différent de travailler avec Coppola ou Gus Van Sant ?

"Coppola c'est une liberté différente. La liberté d'être majestueux, d'être grand. Gus Van Sant, lui aussi, est très libre. Il veut une équipe très resserrée, il est très porté sur l'esthétique, il est très fort en montage. Mais Lars est très philosophe, d'une certaine façon. Il laisse toujours une place pour l'échec. Parfois, on a cette expression "l'échec n'est pas une option", mais ça ça n'existe pas dans le cinéma. Lars sait ça . C'est comme ça qu'on apprend les choses. Il recherche des moments d'exception et il les collectionne . C'est comme ça qu'il fait des films."

Vous donnez la réplique à Bruno Ganz , gardien des Enfers dans le film. Lui qui jouait un ange chez Wim Wenders et Adolf Hitler dans le film de Oliver Hirschbiegel "La Chute"...

"J'ai parlé un peu de ça à Bruno puisque, en effet, il a joué Hitler. Il a interprété le mal absolu, et moi je devais également interpréter un personnage malfaisant : Jack. Lars m'a aussi dit que je ne pourrais pas être pire que le personnage interprété par Bruno Ganz. J'en ai parlé à Bruno et il m'a dit : "Ah non, il faut séparer les deux !" En fait, Jack est une personne malade. Lars m'a d'ailleurs dit au début de l'aventure : "Imagine un homme né sans jambes". Il est né sans un élément essentiel, et cet élément, c'est l'empathie. Jack, c'est beaucoup de choses vous savez..."

On se demande comment Lars Von Trier peut faire un film derrière celui-ci. Vous ne pensez pas que ça pourrait être son dernier filmF? 

"Il me l'a dit à plusieurs reprises, mais je ne le crois pas. Il est né pour faire ça. Quand il ne fait pas de films, il est anxieux, et il a peur. Quand il fait des films, c'est à ce moment-là qu'il vit."

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