Au lendemain des évènements tragiques de janvier, la documentariste Ana Dumitrescu a ressenti la nécessité, l'urgence de prendre sa caméra pour faire un film qui interroge. "Même pas peur ! ", en cours de réalisation, cherche surtout des réponses concrètes.

Extrait du documentaire "Même pas peur", d'Ana Dumitrescu, 2015
Extrait du documentaire "Même pas peur", d'Ana Dumitrescu, 2015 © Radio France

Ana Dumitrescu, préparait la suite de son précédent documentaire, Khaos, les visages humains de la crise grecque , pour souligner la politique d’austérité, vue de France cette fois-ci. Les évènements tragiques de début janvier, ont fait changer de route la documentariste : « La situation sociale était déjà extrêmement compliquée avant. Après un tel cataclysme la situation allait devenir plus compliquée. Il m’a donc paru nécessaire et urgent de documenter tout cela et d’y apporter des regards variés.»

Work In Progress

Deux mois se sont bientôt écoulés depuis le début du tournage. Loin du commentaire de l’actualité, ou des propos de façade, Même pas peur ! , comme le film a été baptisé, constate ce réel besoin de prise de parole et de réflexion sur le terrain. Le film est une série d’interviews, majoritairement des acteurs de la société civile ou des universitaires : Samia Orosemane, humoriste, Didier Heiderich, directeur de l’observatoire des crises, Natalie Maroun enseignante au Celsa, Odon Vallet, historien, spécialiste des religions, Halim Mahmoudi dessinateur de presse… et bien sûr, les citoyens. Le travail reste en cours et le film devrait sortir au cinéma, à l’automne prochain.

« Le dur désir de durer » Paul Eluard

Pour Ana Dumitrescu, ce film est un documentaire d’urgence : « C’est la nécessité de filmer un instant, instant qui a provoqué une rupture au sein d’une société. Dans le cas de Khaos, c’était la crise grecque qui a radicalement changé un pays entier dans sa structure sociale. Ces enjeux ne feront que croitre jusqu’en 2017 date des élections présidentielles en France. La peur de l’autre nous renvoie à qui est cet autre ? On arrive forcément à se demander au fil du film comment l’identité nationale est devenue un tel enjeu politique, tous partis confondus . »

Ahmed Bedjaoui est producteur et professeur de cinéma à Alger 3. Dans son livre, Cinéma et guerre de libération. Algérie, des batailles d’images, il décrit le concept de documentaire d’urgence : « C’est l‘immédiateté, si vous ne le faites pas, vous en crevez (…) Le cinéma est une instantanéité : on regarde les injustices et ce qui ne va pas. Et c’est ce cinéma là qui dure. » Le documentaire d’urgence est donc une nécessité de dire, de rendre justice.

Le site du film "Même pas peur !" : http://www.memepaspeur-film.com

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