Du cinéaste chinois Wang Chao, on avait aimé les trois premiers films (« L’Orphelin d’Anyang », « Jour et nuit » et « Voiture de luxe »), trois fictions bigrement attirées par le réel et singulièrement par les duretés sociales chinoises. Il nous revient, depuis aujourd’hui, avec « Memory of love », film d’autant plus étonnant qu’il rompt quelque peu avec les grandes orientations précédentes. Cette fois, la Chine contemporaine est bien présente, mais là l’est pas véritablementl’essentiel. Le cinéaste nous conte une histoire d’amour à proprement parler extraordinaire. C’est si vrai que je n’ai aucune envie de vous en donner ne serait-ce que le « pitch » : comme le faisait Wong Kar-wai avec « In the mood for love », Wang Chao réussit en effet la prouesse d’écrire puis de filmer une histoire d’amour en nous étonnant, loin des schémas classiques et convenus. Alors, jouons le jeu jusqu’au bout et laissons la surprise vous prendre, vous qui n’avez pas encore vu « Memory of love ». Si vous pensez que le titre fait le tour des choses, vous vous trompez ! Il donne une piste certes, mais une seule et à partir de la quelle le cinéaste multiplie les situations originales, avec en illustration pertinente notamment la lancinante « Pavane pour une infante défunte » (indice mais ne vous y fiez pas trop quand même !) de Maurice Ravel…A ce stade, j’ai l‘impression de vous parler d’un film « truqué », fabriqué, qui ne fonctionnerait que sur une astuce narrative et scénaristique. Ce n’est heureusement pas le cas. Le destin de la belle Sizhu qui est au centre du film nous entraîne dans une et des idylles amoureuses entre passé et présent au sein d’une construction labyrinthique fascinante. Wang Chao crée à partir de son histoire principale un univers sonore et esthétique tout à fait singulier. Ici, on est attentif aux jeux de lumière comme au froissement d’un tissu. Le film progresse ainsi de surprises en éléments récurrents, dans un étonnant mélange des contraires. On savait que Wang Chao pouvait être un peintre social d’une subtilité et d’une acuité absolues, on sait désormais avec ce « Memory of love » définitivement recommandable qu’il maîtrise parfaitement la représentation de la passion amoureuse dans tous ses états et ses éclats. C’est dire s’il est maintenant une figure essentielle du nouveau cinéma asiatique.Ah ! ça ira !La phrase du jour ?« Il éprouvait désormais une profonde gratitude devant la courbe lumineuse de sa vie. »Stefan Zweig, « Le Voyage dans le passé »

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