Mais qu’est-ce qui ne va pas à nos yeux dans le nouveau film de Julie Lopes-Curval dont le casting ultra-féminin ne pouvait qu’attirer l’attention de prime abord ? Deneuve + Hands + Croze, l’affiche est alléchante, de même que le titre « Mères et Filles » avec ces deux pluriels forcément intrigants. Consciemment ou non, l’ensemble, vu de l’extérieur, lorgne vers un cinéma américain qui adore les confrontations de stars au sommet. Mais, tout cela c’est l’écume du film, son image et non sa réalité. Mère-fille, mère-fils, le sujet est singulièrement à la mode dans le cinéma français avec, entre autres, deux films phares : « Un conte de Noël » et « Non ma fille tu n’iras pas danser ». Soit deux films ambitieux, dérangeants et qui bousculent allégrement la cellule familiale en éclairant ses gouffres cachés. On préfère la radicalité de Desplechin à l’allure plus déliée d’Honoré. Mais c’est affaire de subjectivité. Ce qui prime et ce qui reste, c’est une déconstruction en règle du lénifiant paysage domestique où l’on se dit tranquillement que, le cas échéant, on ne s’aime pas. Comme s’il s’agissait d’illustrer par la fiction la thèse d’Elisabeth Badinter sur « l’amour en plus ». Ici, les mères sont reines et les pères certes gentils, attentionnés et présents mais toujours en retrait. Ici, les fils ou filles peuvent être indignes ou inconséquents. Ici, on aime la castagne en famille. Pour son « Mères et filles », Lopes-Curval reprend des thèmes assez proches, avec, en plus, la présence maternelle de Catherine Deneuve comme chez Desplechin. Mais alors, pourquoi ce malaise qui se glisse insidieusement tout au long de la projection et nous fait regretter les coups de tonnerre de Desplechin et les joyeuses embardées d’Honoré ? D’abord parce que la cinéaste s’est enveloppée d’un scénario trop balisé et fondé sur un secret aussi peu crédible sur le fond qu’inintéressant sur sa forme dramatique et narrative. Ce « Mc Guffin » ne fonctionne pas. Il ankylose puis paralyse tout, au détriment d’une étude complexe des rapports entre ses mères et ses filles. Tout devient alors caricature : Croze en mère sainte et martyre, Deneuve en fille castrée et mère castratrice, Hands en fille révoltée et en mère indécise. Avec comme apogée une scène de dispute entre Deneuve et Hands qui fait amèrement regretter et Deneuve-Amalric ou Barrault-Mastroianni. D’une histoire simenonienne en diable (trop féminine cependant pour Georges S. !), le film se transforme en un lourd navire de guerre contre une figure paternelle définitivement odieuse. À l’instar d’une cuisine très « Arts ménagers » et qui joue ici un rôle essentiel, tout est parfaitement à sa place, rangé dans un formica cinématographique rutilant mais un peu vain. Il fallait descendre dans les abysses pour s’y perdre et nous avec. Mais le film reste à la surface des choses, sage, trop sage, alors qu’il est question de névroses et de conflits intimes en forme d’ouragans."Mères et filles" sera en salles ce mercrdi 7 octobre.Ah ! ça ira !La phrase du soir ?« Quand mes amis sont borgnes, je les regarde de profil. »Joseph Joubert, « Pensées, essais, maximes et correspondances »

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