Sa liberté est et restera ce qui le caractérisait le mieux en tant qu'artiste et en tant qu'homme. Comédiens, réalisateurs, journalistes... ils étaient les invités de l'édition spéciale du 13h de Bruno Duvic pour rendre hommage à l'immense Michel Piccoli.

Michel Piccoli et Brigitte Bardot dans "Le Mépris" de Jean-Luc Godard, film qui lança véritablement sa carrière
Michel Piccoli et Brigitte Bardot dans "Le Mépris" de Jean-Luc Godard, film qui lança véritablement sa carrière © Getty / Sunset Boulevard

Charles Berling : "C'est l'homme de tous les contraires et la société a besoin de ça" 

"C'est un acteur qui a donné le goût de la liberté à beaucoup d'acteurs et actrices. Partout où il est passé, il a réussi quelque chose : être un homme libre. On ne doit pas oublier cette génération. On ne doit pas oublier à quel point ce métier a besoin de liberté."

Et Charles Berling de rappeler que lorsque Piccoli a voulu jouer le rôle du Pape, aucune compagnie d'assurances n'a voulu l'assurer pour le tournage. Ce qui ne l'a pas empêché de le faire tout de même. 

Par ailleurs il n'a jamais arrêté le théâtre, et pour Charles Berling c'est "bien la preuve qu'il faut aller vers la multidisciplinarité, qu'il faut utiliser tout pour faire œuvre d'art."

Au fond c'est l'homme de tous les contraires et je crois que la société a besoin de ça, elle a besoin de cette contradiction. 

"On avait toujours l'impression quand on le voyait jouer que ça sortait comme ça. Piccoli, c'est l'insaisissable.

Il va faire ce que doit faire un acteur : c'est-à-dire rentrer dans un univers, servir un univers. En ces temps de répression de la culture, où le politique soutient mal la culture, j'espère que cette liberté va continuer d'exister. Il incarne cette liberté."

Jane Birkin : "C'était quelqu'un qui vous poussait à être meilleur"

L'artiste déplore la perte d'un être tellement précieux. 

"Une des personnes les plus formidables dans tous les sens, comme être humain et comme acteur. C'est quelqu'un qui était tellement présent. 

Travailler avec lui était génial. Il était fantasque dans sa performance, et en même temps très modeste dans ses rapports avec les autres. En revanche, très exigeant de lui-même. 

"Il était à la fois terrifiant et magnifique dans ce rôle de "La Fausse Suivante", sous la direction de Patrice Chéreau." 

Pour elle, c'était quelqu'un qui vous poussait à être meilleur. 

Yves Jeuland : "Ce qui l'intéressait, c'était la relation qu'il allait avoir avec le réalisateur"

Le réalisateur a choisi de suivre et filmer Michel Piccoli la dernière fois qu'il est monté sur scène (NDLR : lecture de textes de Gainsbourg au Théâtre du Rond Point) "parce que c'est un acteur immense." 

Il était à la fois triste et farceur. Sa faculté d'aller dans toutes les directions m'a attiré. Ce qui l'intéressait dans ses choix, c'était la relation qu'il allait avoir avec le réalisateur. Par exemple, c'est un acteur qui n'avait pas d'agent. 

"Plus de 70 ans de théâtre, télévision, cinéma, sa carrière est gigantesque. Pour autant, c'est un acteur qui n'était jamais là où on l'attendait. Il était pudique d'une certaine façon. Et pourtant il avait aussi ce côté exubérant. C'était aussi un homme de troupe. 

Piccoli s'est toujours inspiré des réalisateurs avec qui il tournait." 

Laurent Delmas : "C'est l'une des plus belles rencontres que l'on peut faire."

Critique cinéma, et producteur de l'émission On aura tout vu, Laurent Delmas avait visionné il y a peu le film Le Sucre de Jacques Rouffio, dans lequel Piccoli incarne une sorte de Nosferatu de la finance internationale. 

C'est une image sidérante parce que ça le résume très bien, c'est un acteur qui était capable de tout faire avec une sorte de démesure.

"C'est quelqu'un qui a pris des risques. Il n'a jamais coulé dans un moule facile de cinéma à succès. C'est l'une des plus belles rencontres que l'on peut faire en tant que journaliste, parce que c'est quelqu'un qui vous écoutait (...) Il y avait quelque chose d'humain avec lui.

Eva Bettan : "Il n'était pas là pour distribuer un discours."

Journaliste spécialisée cinéma à la rédaction de France Inter, Eva Bettan garde de lui l'image du grand écart. 

"Il y a l'image du grand bourgeois par moment, et il la casse le lendemain (...) Pour certains cinéastes, il est leur double. À l'instar de Nanni Moretti qui fait de sa dépression, celle d'un Pape qui est incarné par Piccoli." 

Il n'était pas là pour distribuer un discours. Une question servait à le faire réfléchir et vous donner une réponse. 

🎥 Filmographie conseillée par nos invités : 

  • Le Mépris de Jean-Luc Godard
  • Ses films avec Claude Sautet
  • Habemus Papam de Nanni Moretti

🎧 Réécoutez l'édition spéciale Michel Piccoli dans Le Grand rendez-vous de Bruno Duvic

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