S'il n'a jamais milité pour un parti en particulier, Michel Piccoli n' a pas hésité à utiliser sa notoriété pour défendre des causes qui lui semblaient justes. Déçu de la gauche et de la politique en général, il n'a, malgré tout, jamais varié dans ses convictions.

Michel Piccoli dans Le bel âge en 2009
Michel Piccoli dans Le bel âge en 2009 © AFP / GALATEE FILMS / COLLECTION CHRISTOPHEL

Si l'acteur a joué dans des films contestataires comme "Themroc", "La Plage noire", c'est surtout en tant que "citoyen connu" qu'il a défendu des causes.  "Le métier que nous faisons dépend complètement de la politique et de l'économie. J'en connais qui vivent en égoïstes dans leur petit monde fermé. Moi, je ne veux pas", disait-il.

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Ses engagements auprès de SOS racisme ou de Mitterrand

Adhérent du Mouvement pour la paix créé par l'ONU, défense des sans-papiers, pétition pour la parité homme-femme dans la vie publique, mobilisation contre le Front national : Michel Piccoli fut très actif au sein de SOS Racisme (créé en 1984) et aux côtés d'Amnesty International. 

En 1974 il soutient François Mitterrand, candidat à l'élection présidentielle, et lui reste fidèle en 1981, au moment où celui-ci arrive à l'Elysée. On le voit, applaudissant, dans les premiers rangs des meetings du candidat socialiste. 

En 1981, il soutenait le syndicat Solidarnosc en Pologne, fondé par Lech Walesa pour défendre les ouvriers polonais et s'émanciper de l'URSS. Puis en 1984, il manifeste en soutien à des grévistes de la faim marocains devant l'ambassade du Maroc à Paris

Michel Piccoli, ici accompagné de Patrice Chéreau, lors d'une manifestation en soutien à des grévistes de la faim en 1984
Michel Piccoli, ici accompagné de Patrice Chéreau, lors d'une manifestation en soutien à des grévistes de la faim en 1984 © AFP / CHARLES PLATIAU

En 1991, il est signataire d'une lettre au président iranien, publiée dans le journal Le Monde, pour réclamer la libération d'une militante des Moudjahidines du peuple. La même année, il intervient pendant une émission télévisée face à André Glucksmann :

En 2000, on le trouve aux côtés d' Harlem Désir et de Serge Klarsfeld, contre les conservateurs alliés au parti d'extrême droite autrichien de Jorg Haider en 2000. 

En 2007,  il signe avec cent cinquante intellectuels un texte appelant à voter pour Ségolène Royal, "contre une droite d’arrogance, pour une gauche d’espérance".

Entre François Mitterrand et Ségolène Royal, Michel Piccoli a soutenu Lionel Jospin en 1995
Entre François Mitterrand et Ségolène Royal, Michel Piccoli a soutenu Lionel Jospin en 1995 © Getty / thierry PRAT / Contributeur

Un engagement à rebours des convictions de sa famille

Il faut remonter à son enfance pour comprendre son engagement. Très marqué par les discours d'Hitler, il affirme avoir saisi, dès le lendemain de la rafle du Vél' d'Hiv' (16 et 17 juillet 1942), le destin promis aux juifs. Dès lors, il n'accepte pas que les gens disent : "On ne savait pas !" 

Ému par l'appel du 18 Juin qu'il entend en direct à la radio, l'adolescent de 14 ans se découvre d'abord des convictions gaullistes.Très vite, cependant, le spectacle de sa propre famille "égoïste, raciste, franchouillarde" pèse sur son rejet de la bourgeoisie. "Par sentimentalisme", il se rapproche des communistes."Je croyais que c'était une philosophie exemplaire. C'était simple pendant la guerre", explique-t-il au Monde en 2007.

Il adhère au Mouvement pour la Paix, une organisation pacifiste contre le fascisme récupérée par les communistes. A 20 ans, il est attiré par la vie intellectuelle et culturelle à Saint-Germain-des-Prés, autour de Sartre, Boris Vian et Juliette Gréco. Il affirme en 1985 au Nouvel Observateur qu'il sera "toujours passionnément, obsessionnellement, lucidement de gauche". 

"Phobie du capitalisme" 

Si l'homme ne s'est jamais inscrit au Parti socialiste, il en a systématiquement soutenu les candidats à l'élection présidentielle, de François Mitterrand en 1981 à François Hollande en 2012. 

Michel Piccoli et François Mitterrand, à l'Élysée ici en 1985
Michel Piccoli et François Mitterrand, à l'Élysée ici en 1985 © Getty / Frederic REGLAIN / Contributeur

Il nourrit une "phobie pour le capitalisme" et "les fausses richesses", s'élève contre la dictature de l'argent à la télévision : en 1991, il s'en prend vivement à Silvio Berlusconi, propriétaire de chaînes privées italiennes, l'accusant d'avoir "assassiné l'imaginaire en Italie". 

La même année, il manifeste encore pour consacrer "les funérailles de la télévision publique".

En mai 2009, il enjoint à Martine Aubry, alors première secrétaire du PS, de "redevenir de gauche" dans une lettre pour inciter les députés à adopter la loi Hadopi contre le téléchargement illégal. "Vous étiez la résistance à la loi du plus fort qui assassine la diversité culturelle, vous êtes désormais les avocats du capitalisme débridé contre les droits des artistes à l'heure du numérique", lance-t-il.

Dès les années 2000, il affirme que "la politique est devenue une catastrophe". "Il n'y a plus d'idéologie possible, à part l'argent", déplore-t-il dans un entretien avec Libération. Dans ce qu'il décrit comme un marasme de désengagement politique, il concède que seul José Bové lui fait encore l'effet d'une "décharge électrique"

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