« Sympa ». Je ne sais pas vous, mais moi au fond, je ne suis pas très film « sympa ». Ce qualificatif en général lancé avec un grand sourire béat aurait même tendance à ma faire fuir… C’est lui que j’ai entendu à plusieurs reprises ce matin après la projection du nouveau film de Woody Allen présenté hors compétition et en ouverture de cette nouvelle édition cannoise.

MIDNIGHT IN PARIS
MIDNIGHT IN PARIS © radio-france /

MIDNIGHT IN PARIS
MIDNIGHT IN PARIS © radio-france /
« Sympa » donc ce petit film parisien summun assumé et revendiqué des clichés sur la capitale française vu par un cinéaste américain qui a déclaré qu’un jour, dans les années 60, il se serait bien exilé à Paris (c’est bon, ça Coco, pour la promo). Bizarrement, c’est quelqu’un qui n’a pas vu le film de Woody Allen et qui, ce matin dans les colonnes de « Libé, a le mieux résumé peut-être sa vacuité en illustration à LA photo culte de « Manhattan » : « Aujourd’hui, en regardant cette image que j’ai tant aimée, je me demande ce que Woody Allen pense de lma France et des Français ? Est-ce qu’ils pensent aux smicards français ? Aux chômeurs français ? Aux Français qu’on qualifie selon leur origine religieuse comme au temps glorieux de Pétain ? Aux travailleurs sans papiers qu’on expulse alors même qu’ils cotisent ? … Je me demande s’il a pensé à ce genre de choses en saluant la main du Président de la République venu saluer sa Carla chérie sur son tournage. Des centaines d’actrices auraient pu le dispenser de penser à tout cela. Faites ce que voulez pour ma part, je n’irai pas voir ce dernier film. » D’abord, j’aime cette radicicalité décapante alors que la doxa est à la tendance « sympa » donc molle. J’aime cette presque mauvaise foi également et j’assume : pourquoi voudrait-on que Woody Allen s’ouvre à la dimension politique du monde tout d’un coup, alors qu’il n’a toujours été que le peintre éclairé, ironique et analytique à tous les sens du terme d’une seule classe sociale ou presque et essentiellement américaine. Woody sera toujours Woody, n’est-ce pas, socialement un pur esprit. Mais la critique de Guediguian porte parce que dans ce « Midnight in Paris » Allen ne fait rien de son tropisme français revendiqué. Non seulement les personnages parisiens sont des ectoplasmes (et pas seulement la conservatrice du Musée Rodin…) ou des fantômes du passé qui n’arrêtent pas de vouloir remonter le temps, mais ils ne sont ni les protagonistes du scénario (des Américains venus à Paris le temps de faire des courses aux Puces), ni les figures culturelles de ce qui est présenté comme la marque de fabrique parisienne par excellence (sa vie culturelle au début du siècle dernier, grâce, selon Woody, à Hemingway et au couple Fitzgerald. Bref, le cinéaste se fiche comme de sa première chemise de ce Paris et c’est bien son droit. Reste l’énième portrait d’un créateur en proie aux affres de la création et de kla qualité de sa production. Du déjà vu chez Woody et du déjà vu en bien mieux. Sympa, donc…hélas.

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