C’est la lecture de « Libération » ce matin qui m’a informé de l’existence d’une campagne sur le Net à propos du dernier film réalisé par Spike Lee, « Miracle à Santa Anna », via Dailymotion. Présenté en en avant-première au Festival du Film américain de Deauville en septembre dernier, ce film n’est finalement jamais sorti en France, contrairement à ce qui avait été annoncé au départ. A ce jour, il n’a été distribué qu’aux Etats-Unis où il vient en outre de sortir en DVD. J’ai vu ce film comme nombre de mes confrères journalistes de cinéma. Je l’ai trouvé profondément malsain et totalement raté. Sous couvert de faire le procès de l’armée américaine durant la Seconde Guerre mondiale pour la façon parfaitement discriminatoire (et donc condamnable) dont elle a traité ses soldats noirs, Spike Lee tombe dans l’excès inverse en caricaturant les autres soldats et en portant un regard sur l’armée d’Hitler pour le moins ambigu, hélas.A ce jour, je n’ai rencontré aucun journaliste français réellement favorable à ce film. Ce qui en soi ne veut rien dire de plus que cela. Or, les mauvaises réactions de la presse française ont semble-t-il légitimé la décision du distributeur français du film, TF1 (filiale de TF1 et de Miramax) de ne pas sortir « Miracle à Santa Anna » sur les écrans français. C’est cette décision qui a choqué deux journalistes, Essimi Mévégué et Ona Luambo, lesquels ont curieusement décidé de faire monter une mayonnaise communautariste. Selon eux, il s’agit en effet d’un cas de « censure » qu’il faut dénoncer et qui relèverait d’un complot contre Spike Lee et sa volonté de stigmatiser le racisme américain. Armés d’une petite caméra, ils sont donc allés interroger une dizaine de personnalités françaises pour connaître leur réaction, de l’acteur Julien Courbey à l’ex-Miss France Sonia Rolland, en passant par le musicien Disiz la Peste et notre confrère Jean-François Rauger. La plupart d’entres elles n’ont manifestement pas vu le film. Tous ces intervenants, ou presque, font semblant de croire que l’on peut parler ici de « censure », alors même qu’il s’agit d’une décision d’abord économique. La filmographie antérieure de Spike Lee prouve en effet que ses salutaires qualités provocatrices n’ont jamais découragé les distributeurs français de sortir ses films dans les salles. Ce serait bien la première fois en outre qu’un distributeur français renoncerait à sortir un film en raison de ses mauvaises critiques dans la presse ! Enfin, il faudrait informer ces belles et bonnes âmes que tous les films du monde entier ne sortent heureusement pas en France ! Distribuer, c’est choisir, comme dirait l’autre !L’existence et le succès d’ « Indigènes » prouvent si besoin était qu’en France au moins le sujet des soldats de seconde catégorie pour cause de couleur de peau et d'origine peut être abordé sans que personne ne cherche à censurer quoi que ce soit. Ce n’est pas son trop plein de sens et sa portée provocatrice qui rendent « Miracle à Santa Anna » si peu défendable, c’est son indigence pure et sa frugalité frustrante. C’est à proprement parler un film pour … « midinettes », ces jeunes personnes qui, selon l’origine du mot, se « contentent d’une dînette à midi ». Gros et sérieux appétits s’abstenir, le film vous laisserait sur votre faim et vous risqueriez au final par trouver les résistants italiens assez décevants et les soldats nazis plutôt sympathiques ! Rien de roboratif là-dedans. Alors, censure ? Assurément non ! Régime minceur pour Spike Lee privé de sortie ? Assurément oui ! Et puis on découvre que TFM a récemment distribué l’insondable navet qu’est « Walkyrie » et qu’il sera alors bien difficile de justifier l’absence totale sur les écrans français du mauvais film signé Spike Lee. Même modeste une sortie aurait permis à certains de s’éviter la lourdeur d’organiser une pataude campagne sur le Net. Et le développement d’une polémique inutile, car « Miracle à Santa Anna » ne saurait faire bouger les mentalités mais plutôt les figer dans la graisse honteuse du confort intellectuel et des antagonismes qui ne demandent qu’à s’exacerber.La phrase du jour ? « Ne vous souciez pas d’être modernes, car malheureusement vous le serez. » Salvador Dali cité par François Truffaut.

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