un film de François DupeyronD’après son roman Chacun pour soi, Dieu s’en fout (Editions Léo SCHEER, 2009)avec Grégory Gadebois, Céline Sallette, Jean-Pierre Darroussin et Marie Payen

Frédi perd sa mère.Cette dernière lui a transmis un don. Il ne veut pas en entendre parler mais il est contraint, forcé de reconnaître que ses mains guérissent...Il s’interroge. D’où vient ce don ?Qu’importe, il l’accepte…

De la difficulté de faire un film

"J’ai eu deux rendez-vous, dans la même semaine, avec deux producteurs, pour deux projets. Le mercredi avec l’un, pour l’histoire du type qui a un don. Il a relu le scénario et il a coché les gros mots. Oui, les gros mots !... Il a tourné les pages et il m’a demandé, "ça, on peut l’enlever ?" Oui… j’ai dit oui à tout. Des gros mots ! Comme si soudain avec l’andropause, je m’étais mis à écrire des gros mots. Je suis devenu incontinent, ça m’échappe... Tu trouves que dans mes films ça parle gras, ordurier, mal à propos ? Le lendemain, j’ai rendez-vous avec l’autre producteur, l’histoire du déserteur, en 14... Rebelote, il a tourné les pages lui aussi. "Ça, on peut l’enlever ?" Oui... encore les gros mots ! Un type qui boit du matin au soir, au front, en 14 !... Et tout ça parce que tu présentes un scénario à la 2 ou la 3 avec un gros mot qui traîne, oh malheur ! Tu dégages... Ils ont un tel pouvoir que règne une petite terreur. Voilà toute mon année. J’ai enlevé des gros mots. Dix ans qu’on me refuse tout et maintenant les gros mots... J’arrive à 62 ans pour enlever des gros mots ! Alors j’arrête, c’est plus pour moi… Je suis peut-être à côté de la plaque, mais je marche plus. Toutes ces dernières années, j’ai essayé un peu de comprendre, je me suis dit qu’ils avaient peut-être raison, que mes scénarios étaient trop ci, ça. J’ai essayé plusieurs styles, plusieurs genres. Et j’ai compris qu’il n’y a rien à comprendre. J’ai perdu mon temps. Depuis quelques années, la mode est aux fiches de lecture. Je ne sais pas qui lit, des jeunes gens sans doute, pas très bien payés. J’en ai demandé deux, pour deux scénarios, pour voir.. Deux fois, j’ai eu droit à "Sujet non traité." Je n’invente pas, "Sujet non traité". Etait-ce le même lecteur ? Voilà où on en est. Tu ouvres le coffret des Césars, à part trois ou quatre films, tous les autres se ressemblent. Mais le sujet est traité. Merde, le cinéma, c’est pas ça ! C’est même tout le contraire..."François Dupeyron a eu du mal à "monter" son film, malgré Grégory Gadebois qui fait un carton au théâtre, malgré Jean-Pierre Darroussin, malgré la détermination de Céline Sallette, tellemment motivée, qu'elle a fait lire le scénario à une jeune productrice. Et puis un soir de déprime, son ami José a passé un coup de fil et lui a dit : "Tu as rendez-vous au Flore avec Paulo.""Paulo, je ne l’avais jamais rencontré. Je suis arrivé au Flore, il était là. Tout de suite, il m’a dit "ça m’intéresse de faire un film avec vous". Il ne n’a pas demandé à lire le scénario ou je ne sais quoi, savoir si j’avais traité le sujet, les gros mots...- "José m’a raconté... Je sais que les télés c’est grillé, mais c’est pas grave. Si vous êtes d’accord, on fera avec ce qu’on aura. Les films pas chers, je sais faire..."Paulo est le premier producteur indépendant que je rencontre. Indépendant, il doit l’être depuis ses vingt ans quand il est arrivé clandestin en France. Il a tenu parole."

François Dupeyron
François Dupeyron © Alfama Film
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