[...] Tati est bien plus qu’un Chaplin français ; c’est un créateur original, un poète de la pellicule, un artiste aussi simple qu’il est bourré de talent. Tati c’est Tati : il ne ressemble à personne et il faudrait se donner bien du mal pour lui ressembler.Boris Vian

Le petit Gérard aime passer du temps avec son oncle, M. Hulot, un personnage rêveur et bohème qui habite un quartier populaire et joyeux de la banlieue parisienne. Ses parents, M. et Mme Arpel, résident quant à eux dans une villa moderne et luxueuse, où ils mènent une existence monotone et aseptisée. Un jour que Gérard rentre d’une énième virée avec son oncle, M. Arpel prend la décision d’éloigner son fils de M. Hulot. Il tente alors de lui trouver un travail dans son usine de plastique, tandis que sa femme lui organise un rendez-vous galant avec l’une de leurs voisines...

Lorsque j’ai construit la maison Arpel, dans Mon Oncle, on m’a reproché d’être contre l’architecture moderne. Mais si on regarde bien dans le film, je ne suis pas du tout contre l’architecture moderne, mais contre l’emploi que ce couple fait de cette maison : avoir une maison à faire visiter, mais pas à habiter ! [...] On devrait faire passer, non seulement un permis de construire, mais aussi celui d’habiter.

Mon oncle
Mon oncle © 1958 Les Films de Mon Oncle – Specta Films C.E.P.E.C
**"Eloge de la désinvolture" - Macha Makeïeff** […] Hulot a la grandeur, l’élégance des idiots mythiques. Il flaire ce qui le menace, à commencer par les discours, celui assiégeant du cantonnier de la place du marché, celui mondain d’une party dans le jardin Arpel. Il esquive l’automatisme des conventions, les rituels des adultes bien mis. Il se méfie de l’impeccable, cette philosophie envahissante, ce chiendent, et reste réfractaire à l’ordre établi de l’usine Plastac ; il fuira les bureaux, la machine à tuyaux, l’atelier, la logique de production.À cause de ce qu’il devine de la liberté, il passe à reculons le portail automatique.C’est que côté Arpel, Hulot n’a pas de mode d’emploi. Il reste biologiquement singulier, et ce qu’il célèbre, c’est l’état d’enfance, l’allégresse et la désinvolture. Il initiera le petit Gérard à l’échappée belle. Triomphe de l’aléatoire et du buissonnier. L’eau des caniveaux, l’errance des chiens, la truffe dans les poubelles, les gosses barbouillés, les beignets graisseux, les terrains vagues, les fruits et légumes dans du papier journal. À Saint-Maur.Avec ce vrai goût pour les surprises de la modernité, les inventions du fonctionnel et du minimalisme, en inventant la maison Arpel, héroïque, mythique, ses portes basculantes et les hublots veilleurs, faisant le choix de chaque objet, sa forme, sa splendide solitude, avec cet élan vers le design, comme ils ont joué aux architectes Tati et Lagrange ! Loin de toute caricature, pas même de satire, ils nous tirent vers le légendaire. Tout dit la joie intrigante de ce monde nouveau, où l’humain l’emporte car l’ennui le quitte. […] > Il n’y a pas de message dans mon film. Cependant je peux dire que je suis frappé parl’indifférence du monde moderne. Que signifient la réussite, le confort, le progrès si personne ne connaît plus personne, si l’on enlève des immeubles faits à la main pour les remplacer par du béton, si l’on déjeune dans des vitrines au lieu de se retrouver dans des petits restaurants où l’on a envie de parler, si l’épicerie ressemble à la pharmacie, si l’on change le modèle de sa voiture pour le plaisir d’avoir des feux rouges différents et de nouvelles poignées ? […] _Propos parus dans Le Monde, le 24 avril 1958_
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Mon oncle © 1958 Les Films de Mon Oncle – Specta Films C.E.P.E.C
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