La dernière image que j’ai de Guillaume Depardieu date du mois de mai dernier, durant le Festival de Cannes. Il était monté sur scène pour présenter le film « Versailles » dans lequel il incarnait un SDF des bois. Il n’était pas très à l’aise sur cette grande scène déserte, vêtu d’un long manteau noir. Il n’avait pas vraiment envie d’être là mais, il avait l’envie, naturelle et juste, que le noir se fasse et que le film soit projeté.Ce matin parce que la vie n’arrête pas d’être ironique, j’avais commencé la lecture du livre que mon confrère du « Nouvel Obs » Pascal Mérigeau vient de consacrer à Gérard Depardieu. Il y raconte ceci : « Gérard a essayé voici deux ans de réunir le financement d’un film où Guillaume aurait été Arthur Rimbaud, Julie sa sœur Isabelle, où lui-même aurait fait un curé. Il n’a pas réussi, au motif m’a-t-il dit que « les producteurs sont maqués avec des télés qui disent que les gens n’aiment pas les mourants genre « je ne digère pas les agonies », ce qui est sans doute vrai, et alors ? » ». Nous ne verrons donc jamais, cette fois c’est certain, Guillaume Depardieu endosser les habits de Rimbaud. Cela aussi n’est pas juste. Pour ma part, j’ai revu ce soir, en DVD, « Ne touchez pas la hache » de Jacques Rivette où Guillaume Depardieu incarnait à la plus que perfection le rôle d’un militaire balzacien épris à la folie de la cruelle duchesse de Langeais. L’acteur y est incroyable de force et de vigueur, transformant son handicap physique en une vertu dramaturgique supplémentaire. Balibar et lui forment à l’écran l’un des plus beaux couples du cinéma français. Guillaume Depardieu y est tour à tour fragile et incandescent, victime et bourreau, déterminé et perdu. Il est l’enfant et l’adulte ensemble. Cette part d'enfance, l'acteur Guillaume Depardieu n'a cessé de l'avoir et de la cultiver dans une sorte d'urgence et d'exigence à jouer l'essentiel et rien que l'essentiel. Il nous faudra désormais nous passer de cet acteur-vertige, vibrant.

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