Troisième et dernier coup de cœur cinématographique pour cette semaine avec un film roumain de Radu Muntean, « Boogie ». On ne reviendra pas ici sur cette nouvelle vague roumaine qui depuis deux ou trois ans maintenant nous donne de belles œuvres en général marquées par le lourd passé historique contemporain du pays. C’était ainsi le cas d’un précédent film de ce cinéaste : « Le Papier bleu » sorti en 2006 racontait minutieusement la nuit où le régime de Ceaucescu fut renversé. Mais, cette fois, le propos se fait beaucoup plus intimiste tout en restant… nocturne curieusement ! Le « Boggie « du titre, c’est le surnom que donnait à Bogdan ses deux meilleurs amis du temps des années lycée. Désormais trentenaire, marié et père d’une petite fille de quatre ans, Bogdan est en vacances au bord de la mer quand il rencontre par hasard ces deux amis en goguette. Ils n’ont guère de mal à la convaincre d’abandonner sa patite famille le temps d’une virée nocturne pour, évidemment , se « rappeler le bon vieux temps ». Séparée en deux moments principaux, ladite soirée se déroule entre cocktails, bowling, discothèque et autres rencontres et chambre d’hôtel. Rien de bien original, a-t-on envie de dire alors. De fait, Muntean ne cherche pas à multiplier les pistes narratives ou dramaturgiques. Il suit simplement ses personnages dans leur lente dérive, certain, à juste titre, que cette description se suffit à elle-même pour dire et le malaise et le vague à l’âme. Une nuit c’est court mais c’est largement suffisant parfois pour faire le bilan d’une vie. Tel est bien le parcours de Bogdan, sans que jamais cette dimension ne soit montrée autrement que par des regards ou des comportements.C’est pourquoi « Boogie » nous touche à ce point. Il nous dit nos quatre vérités sans avoir l’air d’y toucher. Nos petits arrangements avec la vie et nos moyens renoncements avec l’existence. Du banal, rien que du très banal en somme. Oui, mais voilà, le cinéaste capte cela avec beaucoup d’acuité et d’humanité. On pourrait même dire de la fraternité. Ce n’est pas si mal une caméra fraternelle, une caméra de la sollicitude. Ce n’est pas si mal un cinéma à hauteur d’hommes et de femmes. Un cinéma qui s’accorde avec nos vies.Ah ! ça ira !La phrase de l’après-midi ?« La réalité est toujours féerique. »Jean Renoir

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