Un film sur l'intime et la résilience collective

Nuestras madres de César Diaz
Nuestras madres de César Diaz © Pyramide

Guatemala, 2018. Le pays vit au rythme du procès des militaires à l’origine de la guerre civile. Les témoignages des victimes s’enchaînent. Ernesto, jeune anthropologue à la Fondation médico-légale, travaille à l’identification des disparus. Un jour, à travers le récit d’une vieille femme, il croit déceler une piste qui lui permettra de retrouver la trace de son père, guérillero disparu pendant la guerre. Contre l’avis de sa mère, il plonge à corps perdu dans le dossier, à la recherche de la vérité et de la résilience.

César Diaz, réalisateur :

Je suis bouleversé par la force des survivants du génocide guatémaltèque. Quand on écoute ce qu’ont vécu les femmes que j’ai filmées, on se dit qu’il y aurait de quoi perdre le goût de vivre. Mais elles continuent à aller de l’avant. C’est une immense leçon.

Le pays a été pionnier du continent latino-américain dans de nombreux domaines, avec notamment une des premières réformes agraires et un des premiers prix Nobel de littérature.  C’est aussi le lieu de l’une des premières opérations noires de la CIA. La première invasion américaine sur le continent date de 1954, avec la mise en place d’un dictateur militaire. Les Etats-Unis contrôlaient le commerce de la banane, qu’ils ne payaient pas, ils ont développé le réseau ferré et l’électricité pour la transporter. Tout en demandant de l’argent à l’Etat. Un jour, un mouvement révolutionnaire a exigé l’expropriation de tout ce dont les Américains s’étaient emparés. Ces derniers ont répliqué en envoyant des avions, installant au pouvoir un dictateur, et déclenchant une guerre qui a duré jusqu’en 1996. Bilan : 200 000 morts, 45 000 disparus, un génocide documenté, jugé, et dont on ne connaît rien. Je pense que si les 200 000 morts n’étaient pas des Indiens, mais des blancs ou des métis, le monde en aurait plus parlé.

Nuestras Madres de César Diaz
Nuestras Madres de César Diaz / Pyeamide

Le procès du film est un mélange de plusieurs procès. D’autres sont encore en cours. L’un des plus importants a été le procès pour génocide du dictateur Efrain Rios Montt, qui avait pris le pouvoir en 1982. Il a été jugé et condamné en 2013 à 80 ans de prison ferme (50 pour génocide et 30 pour crimes contre l’humanité). Quelques jours plus tard, la cour suprême a invalidé le jugement et l’a laissé en liberté. Le procès a dû repartir de zéro. Il est mort chez lui en 2018. Le sentiment d’injustice est énorme. On se rend compte de qui détient encore le pouvoir. De façon générale, intenter un procès est très difficile, car il faut trouver ceux qui ont agi directement (les soldats qui ont perpetré les meurtres dans les villages par exemple) puis remonter la chaîne de commandements. Et il faut aussi des survivants.

Nuestras Madres de César Diaz
Nuestras Madres de César Diaz / Pyramide
Nuestras Madres de César Diaz
Nuestras Madres de César Diaz / Pyramide

Le travail de restitution aux familles des corps disparus est un travail de fourmi effectué par une seule association, indépendante, qui n’a jamais voulu avoir de liens avec l’Etat, et qui travaille avec des fonds américains, hollandais et canadiens. Le travail est onéreux et interminable car on ne sait pas où se trouvent toutes les fosses. On en découvre quand les gens des villages se décident à parler. La plus grande fosse que l’association a trouvée pour l’instant est située dans une base militaire, et cela a été très dur d’y pénétrer. 165 corps y ont été dénombrés. Il faudrait un effort national, que chaque Guatémaltèque puisse donner son ADN, afin de constituer une gigantesque base de données. On estime qu’on a identifié à ce jour 1% des disparus, en vingt ans. Il n’y a aucune volonté politique. Si on avait accès aux dossiers militaires, on irait plus vite. Les accords de paix ont été signés sur la base d’une réconciliation nationale qui ne permet pas d’avancer. « Je ne te dis rien, tu ne me dis rien, je ne te juge pas, tu ne me juges pas » ... et rien ne bouge.

Nuestras Madres de César Diaz
Nuestras Madres de César Diaz / Pyramide

Les femmes tiennent le pays. Si elles lâchent, il s’effondre. Elles tiennent la mémoire, le quotidien, l’éducation, et transmettent le savoir. La continuation et les valeurs. Dans la plupart des cas sous la dictature, on tuait les hommes et on agressait les femmes pour qu’il reste des traces. Aujourd’hui, les hommes détiennent toujours le pouvoir, et les femmes encaissent toujours la violence quotidienne. Elles sont maltraitées, et encore plus en ville qu’à la campagne. C’est incompréhensible. Il y a très peu de plaintes car le patriarcat est tellement installé que cela ne laisse aucune place à un autre système. Il faudra des générations pour que cela cesse.

Nuestras Madres de César Diaz
Nuestras Madres de César Diaz / Pyramide

Le film sort le 16 juin sur toutes les plateformes VOD

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