Costa-Gavras évoque rarement son exil de Grèce, au début des années 50. Parce que son père, résistant anti-nazi est soupçonné de communisme, le pouvoir interdit à Konstantin l'accès à l'université. Alors le jeune homme choisit Paris et dix ans plus tard, se lance dans le cinéma. Son cinéma qui naît au moment de la Grèce des colonels aborde souvent la dictature, rouge ou brune.Aujourd'hui, "Eden à l'Ouest", co-écrit avec Jean-Claude Grunberg, retrace l'exil d'un clandestin (y-a-t-il un lien plus ou moins autobiographique?) Le jeune homme qui a appris le français dans un dictionnaire fuit son pays (dont on ignore la localisation précise) pour rejoindre Paris. Mais le film décrit surtout l'Europe dans laquelle nous vivons et qui s'évertue à traquer l'étranger.Cette Europe, nous oublions de la regarder, aussi Costa Gavras la filme-t-il, lors de cette odyssée. Il n'y a pas de manichéisme, le cinéaste évite l'imagerie attendue des pauvres clandestins face aux méchants européens. Le spectateur ne ressort par coupable mais songeur, ému et informé. Gagner Paris, survivre, tient du miracle. Il y a d'ailleurs un magicien dans ce film.Le cinéaste filme la dépendance. Sans papiers, un humain dépend de celui qui se présente sur sa route. Soit il est traqué, partout les uniformes bleus le poursuivent, soit il est exploité. Patrons véreux, directeur d'un hôtel paradisiaque ou femme quinquagénaire qui, de diverses manières, abusent de leur situation et du corps du jeune homme, le très bel italien de 29 ans, Riccardo Scamacio, star dans son pays, aperçu dans "Romanzo criminale" ou chez Abel Ferrara. "Eden à l'Ouest" n'est pas un chef d'oeuvre mais un conte très contemporain, très noir sans être dénué d'espoir. Rien de nouveau sous le soleil? Peut-être. La télé c'est vrai nous inonde de ces images d'immigrés en déroute. On finit par ne plus les voir. D'où l'intérêt de cette fiction qui amène à regarder autrement l'abjection d'une situation, l'immigré qui débarque chez nous, à quel prix, à travers une histoire simple et tragique traversée parfois de beaux sentiments.

Eden
Eden © Radio France
Mots-clés :
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.