L’horizon (le mien…) s’est éclairci à 19h00 quand je suis entré dans le nouveau film d’Apitchapong Weerasethakul, présenté en compétition officielle, et dont le titre est à lui seul un petit bijou : « ONCLE BOONMEE, CELUI QUI SE SOUVIENT DE SES VIES ANTERIURES ». Au début du Festival, Manoel De Oliveira devant nos yeux émerveillés faisait se réveiller une morte pour l’amour d’un timide photographe. En cette presque fin d’édition 2010, le malicieux cinéaste thaïlandais nous livre sa propre version de la vie après la mort, à travers cette fois la réincarnation. Je ne résiste pas au plaisir de vous livrer in extenso le résumé du film tel que nous en disposions avant la première projection : « Oncle Boonmee souffre d’une insuffisance rénale aigüe et décide de finir ses jours auprès des siens à la campagne. Etrangement, les fantômes de sa femme décédée et de son fils disparu lui apparaissent et le prennent sous leurs ailes. Méditant sur les raisons de sa maladie, Boonmee va traverser la jungle avec sa famille jusqu’à une grotte au sommet d’une colline – le lieu de naissance de sa première vie… »

ONCLE BOONMEE
ONCLE BOONMEE © Radio France / Apitchapong Weerasethakul

Tout est dit, c’est à dire presque rien, dans la mesure où la magie du cinéma de Weerasethakul passe par des images souvent lumineuses, souvent mystérieuses où le prosaïque le dispute au songe. Ainsi d’un fils qui revient sous la forme d’un homme-singe sorti tout droit des thrillers américains des années 50. Ainsi d’un poisson-chat qui fait l’amour dans l’eau à une belle princesse laquelle se dépouille de ses bijoux pour lui. Ainsi d’une jungle puis d’une montagne aux allures initiatiques et fantomatiques. Des retours au sources qui sont aussi des retours au sources d’un cinéma en couleurs et en noir et blanc, vers l’essentiel d’une lanterne magique originelle. C’est cela précisément que nous dit ce beau film dont on peut penser qu’il touchera Tim Burton, le président du jury que cette forêt magique ne devrait pas laisser indifférent. Loin des histoires incroyablement outrées et mélodramatiques d’un trop grand nombre de films en compétition, le cinéaste thaïlandais, comme De Oliveira, comme Beauvois, comme Amalric, comme Haroun notamment, relève le défi d’un cinéma droit, debout, fier, presque conquérant à force d’humilité, d’ironie parfois, de gravité légère souvent et de foi inébranlable dans un art qui peut tout dès lors qu’il ne cultive ni le racolage public ni le chantage aux sentiments. On peste assez cette année contre une sélection trop souvent décevante pour ne pas dire haut et fort que des films au contraire s’avèrent indispensables et terriblement beaux. C’est le cas ici et cela fait du bien !Extrait de dialogue : JenjiraTu as peut-être besoin de temps pour que tes yeux s’habituent à la pénombre. Oncle BoonmeeCette grotte…Ca fait penser à un utérus, non ? Je suis né ici dans une vie antérieure dont je n’arrive pas à ma souvenir. Je sais seulement que je suis né ici. Je ne sais pas si j’étais un humain ou un animal, une femme ou bien un homme.

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