C’est une chose bien curieuse que la rumeur ! Celle qui entoure la Palme d’or de cette année ne lasse pas de m’étonner. Elle court, elle court, portée essentiellement par des cinéphiles et des spectateurs qui par définition n’ont pas encore vu « Oncle Boonmee , celui qui se souvenait de ses vies antérieures » d’Apichatpong Weerasethakul. Et la rumeur est pleine de suspicion et de doute préalable à l’encontre de ce film au titre long comme un jour sans pain et sans acteurs connus, dont le réalisateur a un nom impossible à placer même au Scrabble. C’est dire… Même mon ORL consulté cette semaine se montrait circonspect ! Ainsi va la rumeur. Face à elle que dire et que faire ? Peut-être jouer habilement la carte du star system comme le fait la bande annonce du film laquelle ne montre rien du film proprement dit mais tout de l’enthousiasme manifesté à Cannes par Tim Burton à son endroit. Et de fait, il faut le dire et le répéter, si Burton a légitimement palmé ce film (et ce contre l’avis d’autres membres de son jury…), c’est parce qu’il aurait pu le signer s’il était un cinéaste sans moyen. Nul doute que le réalisateur de Charlie et la chocolaterie a été jaloux de tant de sensibilité et d’invention déployés avec autant de grâce et de simplicité… et sans le moindre sou ou presque ! C’est d’évidence un retour aux sources du cinématographe, un pied de nez à cette 3D faussement moderne et vraiment commerciale qui envahit les écrans sans raison véritable. Un retour à Méliès, à la lanterne magique même. Un retour à la caverne tout simplement : Apichatpong-Platon nous montre des ombres et nous révèlent à nous-mêmes, à travers cette histoire de revenants à rêver debout. Si le cinéma ne peut plus nous donner cela sans que le tocsin sonne et la rumeur enfle, c’est à désespérer de tout ou presque. Mais tout compte fait, c’est peut-être trop d’émerveillement que ce récit tout simple. C’est peut-être hors de propos et de saison que de se situer dans une lignée cinématographique dans laquelle on retrouverait les pionniers et Lang, Tourneur et Miyazaki, entre autres. Mais, attention, non pas dans un délire référentiel pour rats de cinémathèque ou même pour Tarantino, non juste parce que le cinéma est aussi une mémoire et qu’à force de l’oublier certains décérébrés peuvent parvenir à penser sereinement que la 3D vient d’être inventée au cinéma ! L’ironie ultime, c’est que ce film risque (la rumeur…) de passer pour un pensum intello, alors qu’il est un conte pour petits et grands où même les princesses ont droit au plaisir, une fable peuplée d’animaux très gentils au fond et rempli d’êtres humains nos semblables, sans compter quelques revenants histoire de ne pas mourir idiot. Réflexion faite, il n’y a qu’un moyen efficace pour tordre le cou à cette rumeur imbécile : aller voir sans tarder ce beau film et, je l’espère, en sortir avec les yeux étoilés. Ce n’est pas tous les jours que l’on peut approcher l’essence du cinématographe, cette sensation qu’ont dû éprouver les premiers spectateurs des Lumière.

Mots-clés :
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.