Un coffret de DVD avec quatre films de Max Ophuls : « La Ronde », « Le Plaisir », « Madame de… » et « Lola Montès ». Soit quatre sublimes portraits féminins portés, emportés et déjoués par Danielle Darrieux et Martine Carol, notamment. Des souvenirs cinéphiles, des images et des visages. Comme souvent, l’envie qui vient alors de retrouver ce que Truffaut écrivait sur ce « sujet », sur Ophuls. Dans « Les Films de ma vie », on trouve un long article sur « Lola Montès » et un autre article important écrit au moment de la mort du cinéaste en 1957. Je ne résiste pas au plaisir de vous livrer les dernières lignes de cet hommage écrit par cinéaste en admiration totale devant un autre cinéaste : « Max Ophuls était pour quelques-uns d’entre nous le meilleur cinéaste français avec Jean Renoir, la perte est immense d’un artiste balzacien qui s’était fait l’avocat de ses héroïnes, le complice des femmes, notre cinéaste de chevet. » Pour comprendre Truffaut, il faut donc passer par la case Ophuls. Un cinéaste se choisit toujours un père de cinéma, deux peut-être comme c’est le cas ici : Renoir et Ophuls. Autrement dit, la sensualité, la chair et le charnel, la vie malgré tout et la passion aussi. Ce programme truffaldien éclaire comme dans un rétroviseur le « programme » ophulsien. D’où l’extrême importance de ce coffret édité par Gaumont et dont les quatre titres font partie intégrante de la légende du cinéaste français d’origine allemande : « « Ces quatre films témoignent de la réussite de Max Ophuls à sauvegarder sa liberté d’expression à l’intérieur d’un genre de films redoutables entre tous, la grande production européenne à visées mondiales. », dixit Truffaut dans l’article en question. Un documentaire en quatre parties, signé par Marcel, le fils de Max, vient dans le coffret der DVD éclairer l’’œuvre d’un cinéaste décidément majeur. Pourquoi ces films nous touchent-ils autant ? Pourquoi Emma, Lola ou Madame de… font-elles définitivement partie de notre paysage intérieur ? Pourquoi sont-elles ainsi les héroïnes d’une cinémathèque idéale ? Tout simplement parce que le cinéma d’Ophuls mélange avec un incroyable brio le spectaculaire à l’état brut et l’intime à l’état pur. A la cascade d’images brillantes et virevoltantes répond le calme ou le feu qui dort de l’intime. Entre ces deux extrêmes apparents, Ophuls ne choisit jamais. Il fait au contraire le pari d’une alchimie explosive. Son cinéma prend alors des allures flamboyantes où chaque spectateur peut puiser ce qu’il veut y trouver en priorité. Avec Ophuls, le cinéma prend ses aises en investissant tous les champs à la fois, ou presque. Comment dans ces conditions lui résister ? et comment surtout ne pas en faire un compagnon de voyage pour la vie ?Ah ! ça ira !La phrase de la nuit ?« L’amour n’est pas un feu qu’on renferme en une âme :Tout nous trahit, la voix, le silence, les yeux,Et les feux mal couverts n’en éclatent que mieux. »Racine, « Andromaque »

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