L'overdose est devant nous. On aimerait tellement que Jean Dujardin et sa bande prennent un peu exemple sur Omar Sy pour gérer leur succès en forme de tsunami : du recul, de la distance, du silence, les gars ! Oui, du silence, car franchement que de bavardages pour défendre un film muet. Jusqu'au réalisateur Michel Hazanavicius qui, juste à la fin des César, s'empare des micros pour crier haut et fort que l'absence de Dujardin au palmarès n'a aucune importance, puisque tout cela n'est que de la petite bière française à côté du Big Mac à venir le surlendemain... Oui, prenez modèle sur Omar lequel, soit dit en passant, a jusqu'à présent dix fois plus de spectateurs que Dujardin, uniquement en France et sans compter les chiffres de fréquentation dans d'autres pays... L'overdose est devant nous, parce qu'il va falloir maintenant entendre à longueur de journées le tandem Dujardin-Lellouche nous expliquer en quoi "Les Infidèles" est un chef d'œuvre...

Hugo Cabret de Martin Scorsese
Hugo Cabret de Martin Scorsese © GK Films, LLC
The Artist
The Artist © Radio France

On l'a peu noté, mais, quand même, plus de récompenses pour "The Artist" que pour "Hugo Cabret", c'est "too much" comme on dirait là-bas. Là-bas, c'est à dire du côté de l'empire où personne ne pense que "The Artist" est un film français. Merveille du marketing, génie du lobbying et chapeau l'artiste-magicien : oukéti, oukéti le film français ? Il est pas là. Puisqu'on a même retardé sa sortie afin qu'il ne puisse pas concourir dans la catégorie du meilleur film étranger. On laisse cette petite compétition médiocre à d'autres. Français, mais non puisqu'il ne parle pas "étranger". Il se tait même, c'est la meilleure façon d'amadouer l'empire, le silence ! Pour briser la frontière et passer en douce, il faut la boucler. Hors de la langue anglaise, point de salut et d'Oscar XXL. Alors chut, on tourne. Et on fait l'exact contraire de ce sur quoi on a bâti son image hexagonale. Parce que, le moins que l'on puisse dire, c'est que jusqu'à présent Michel Hazanavicius et sa joyeuse bande ne pratiquaient guère l'art du mime Marceau : on cause et on casse chez Brice à Nice, on cause et on cause encore et toujours chez OSS au Caire comme à Rio.

Oui, j'y reviens : Valentin 6, Cabret 5 et encore uniquement des récompenses techniques... Et pourtant dans quel film trouve-t-on de la 3D enfin utllisée avec justesse et brio ? Quel film nous parle-t-il d'un cinéaste et d'un cinéma qui sont toujours d'actualité ? Quel film rend-il à César ce qu'Oscar aimerait capter : l'origine, les origines, le premier merveilleux ? Quel film a contrario se réfugie-t-il dans la célébration un peu mortifère tout de même d'un âge d'or hollywoodien ? Quel film pratique-t-il le clin d'œil et la révérence à l'empire d'hier et d'aujourd'hui sans l'once d'un second degré salutaire ? Mais où est donc passée la capacité à pulvériser les mythes nationaux contenue dans les OSS ? On se moque avec bonheur de Coty, mais on brosse le sens du poil hollywoodien. Audace ici, conformisme ailleurs. C'est Martin qui se révèle bien plus jeune que Michel dans ce match bizarre, comme à front renversé. Le premier nous promène avec bonheur dans un arbre généalogique revisité par les techniques d'aujourd'hui celles-là même que Méliès a anticipées. Le second rouvre l'une après l'autre les pièces d'un musée pétrifié plus proche de Pompéï que d'Hollywood même...

Mais qu'on se rassure, tout cela n'est que l'écume face à "Un monde sans femmes" qui est toujours dans les salles (combles, nous dit-on), face au DVD de "Hors Satan" qui vient de sortir, face à "Oslo, 31 août" qui va sortir mercredi prochain, face à "Elena" qui sortira le mercredi suivant. Le cinéma est là. En couleurs. Et en paroles. Bien loin du Musée Grévin. Tout près de nous, de nos doutes, de nos angoisses, de nos bonheurs, de nos éclats de rire et de nos frayeurs.

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