Certains adorent brûler ce qu’ils ont adoré. Pas moi. Ce petit jeu semble ouvert concernant le nouveau film écrit par Agnès Jaoui, « Parlez-moi de la pluie » (FI). Les thuriféraires du « Goût des autres » font la fine bouche, au risque d’accréditer l’idée que tout ce qui est excessif est insignifiant. J’ai pris quant à moi du plaisir à découvrir un film qui, me semble-t-il, rompt avec certaines facilités précédentes que je qualifierai à la hâte de boulevardières. Je n’y peux rien, mais le patron du « Goût des autres » (incarné par Bacri) et son épouse m’ont toujours paru relever d’une caricature plus chargée que celle appliquée aux théâtreux-intellos du camp d’en face. D’où, au final, un déséquilibre dans la satire… Rien de tel dans « Parlez-moi de la pluie ». Ainsi la femme politique que campe Agnès Jaoui : c’est un portrait sans concession qui ne vire jamais au guignol. Elle n’est ni tout à fait sympathique, ni radicalement détestable. Un beau personnage en vérité et que Jaoui incarne à la perfection, c’est à dire sans rien (se et nous) refuser dans la séduction comme dans la distance et l’imperfection. Le reste du casting est à l’avenant. On laissera à d’autres le soin de dire que Jamel Debbouze trouve ici son premier grand rôle de cinéma (n’hésitez pas à l’écouter dans l’émission vendredi prochain entre 17 et 18 heures… un pur régal !). Bacri s’invente, lui, une nouvelle facette et c’est tant mieux. Enfin, brille , une nouvelle fois dans un film français, Florence Loiret-Caille, dont la présence immédiate, solaire (ombre et lumière ensemble) et définitive marque les films qu’elle traverse. Il faut maintenant qu’elle quitte le pays des seconds rôles. Il est de première urgence qu’elle prolonge dans des rôles longue distance cette incroyable et rare capacité à être là. Au delà des acteurs, la réussite du film tient à sa capacité à s’évader de sa propre enveloppe. Oui, il s’agit bien d’un film sur la sollicitude (mot rare, notion complexe, donc forcément intéressante), mais certains moments de grâce viennent de décrochages du propos général. Comme cette insistance à parler de la pluie à la fin du mois d’août. Phénomène bien connu des étés provençaux. Quand il pleut à Avignon ou sur la Crau à cette saison, tout peut arriver, on perd un peu de ses repères. Il se peut aussi que deux personnages étendus dans l’herbe à scruter un insecte soit la promesse d’une échappée belle. Il est important qu’un paysan, au détour d’une scène formidable, nous dise autre chose que des états d’âme balisés. Jaoui et Bacri se libèrent progressivement. De quoi ? D’une pesanteur plus dramaturgique que didactique. Leurs personnages marchent beaucoup, se perdent, passent, repassent, à pied, en voiture, en carriole, quitte à se perdre, à être en retard, à tomber par hasard sur l’amour de sa vie,.... C’est assurément le début de la sagesse.La phrase du jour ? « Le thème du film est la sollicitude : faire l’effort de se demander pourquoi l’autre ne va pas bien, respecter son espace vital. » Jamel Debbouze, in Dossier de presse de « Parlez-moi de la pluie ».

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