Les premières images de "Potiche" révèlent une Deneuve en jogging rouge et en bigoudis jaunes. La star court à petits pas dans les allées de la propriété de son mari, patron ignoble, mari macho. Ses petits pas vont donner le rythme et la couleur du film. Une comédie satirique dans laquelle, hélas, Ozon n'ose pas assez.

Potiche
Potiche © radio-france

Barillet et Grédy avaient offert à Jacqueline Maillan une matière à jouer. Pas une pièce politique, miroir de la société. Non, un rôle de femme écrasée par un mari réactionnaire et prétentieux qui prenait enfin le pouvoir, symbole (lointain) de la libération des femmes. Il y avait un semblant de discours politique à une époque où le féminisme faisait la une des journaux, mais le contenu n'avait qu'un objectif: donner un rôle explosif à Maillan, nourrir son comique. Il suffit de consulter les archives vidéo sur le net pour comprendre à quel point la Maillan s'en donnait à coeur joie dans ce rôle de femme enfin libérée qui, une fois au pouvoir, se révélait une patronne tout aussi démagogue qu'un homme, mais plus maligne. Ici, hélas, il n'y a pas d'explosion. On sourit en regardant Deneuve dans un rôle de composition, mais tout chez elle et dans le scénario est mesuré (la scène de comédie musicale est franchement ratée). Ici, tout est sous contrôle, d'où l'absence de franche rigolade. On apprécie les "costumes" de notre jeunesse, défilé de mode des années 70, mais on ne rit jamais franchement, comme si Ozon prenait la comédie trop au sérieux. Allusions à l'actualité, saillies présidentielles ("Casse-toi pauv' con!"). Mais pourquoi choisir de distiller une critique de notre société contemporaine en conservant le cadre d'époque, les années 70? Lucchini finit par déranger dans la peau d'un réac, profil qu'il tient brillamment au théâtre de l'Atelier en lisant Philippe Murray, mais qui risque de lui coller à la peau (Quand est-il acteur? Quand est-il Lucchini?). Karin Viard endosse une fois de plus un second rôle de femme victime, Depardieu est peut-être le plus étonnant en député communiste amoureux de la bourgeoise. Mais ce casting brillant ne justifie pas la nécessité d'adapter au cinéma en 2011 cette comédie légère un peu désuete écrite pour une actrice comique, il y a 40 ans. Ozon prête trop sans doute à ce potache "Potiche". Son regard finit par atténuer puis tuer le comique originel.

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