« Bonnard, guetteur sensible du quotidien », tel est le titre de l’exposition organisée par le Musée de Lodève jusqu’au 1er novembre prochain. Une soixantaine d’œuvres au total qui donnent un bel aperçu de l’art pictural de ce peintre qui mourut en 1947. Je ressors de la visite frappé notamment par les oranges et les rouges de toiles souvent intimistes. Il me revient alors en mémoire un entretien que j’avais eu avec la cinéaste Dominique Cabréra à l’occasion de la sortie de son film « Le Lait de la tendresse humaine ». Nous devions parler de scénario. Mais elle était venue avec une partie de ses volumineux carnets, cahiers et classeurs de travail. Formidable approche de ce que peut être le travail préalable d’un réalisateur à l’affût de tout ce qui peut nourrir son imaginaire. Je pense profondément que le cinéma est, au bon sens du terme, un art de « récup », un art de glaneur-glaneuse à la belle manière d’Anès Varda. Un art en lui-même mais qui ne saurait faire comme si rien avant lui n’avait existé. Les deux grands cabas de Cabréra me donnèrent raison ce jour-là. Ils contenaient pêle-mêle des extraits de livres, des cartes postales, des photos, des articles découpés, des morceaux de tissus,… Autant d’influences, de points de départ, d’inspirations diverses et de motifs à retravailler. Autant de sources qu’il ne s’agissait pas de copier évidemment. Et la cinéaste d’expliquer qu’elle avait voulu donner à ses deux personnages principaux féminins (incarnés par les exceptionnelles Marilyne Canto et Dominique Blanc) deux personnalités « extérieures » très fortes, très marquées. Vivant dans le même immeuble, elles devaient évoluer dans deux appartement d’aspect différent. Et si mes souvenirs sont bons, il me semble que les tonalités de Bonnard faisaient partie du « patrimoine » esthétique du personnage joué par Dominique Blanc. Et c’était frappant de comparer tel tableau avec telle photo de tournage du film. Bonnard se prête aisément à ce jeu d’images lui qui a si souvent peint des intérieurs dans lesquels des fenêtres ou des miroirs donnent des lignes de fuite singulièrement cinématographiques. A Lodève, on peut ainsi admirer un paysage vu à travers les vitres d’une fenêtre ou un autre vu depuis la rambarde d’une fenêtre. Entre point de vue et traitement de la couleur, Bonnard ne peut guère passer inaperçu aux yeux d’un cinéaste quel que soit par ailleurs l’univers de ce dernier. Au détour d’un tableau, on ne pouvait s’empêcher de penser au récent et superbe film d’Olivier Assayas, « L’Heure d’été » (que j’ai envie de revoir, soit dit en passant !). L’univers de Bonnard fait partie intégrante du crépuscule artistique, sentimental et affectif que décrit si bien ce film au centre duquel rayonne le personnage joué par Edith Scob comme Marthe Bonnard irradie de sa présence une partie de la peinture de Bonnard. Ah ! ça ira !La phrase du jour ?« Il décida de faire la sieste et non de dormir. Autrement dit de somnoler et non de sombrer. De flotter et non de renoncer. »Paul Arène, « Semblables »

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