Le film de Bong Joon-ho "Parasite" a été sacré Oscar du meilleur film, ce dimanche aux États-Unis. Invité du journal de 13h de France Inter, le distributeur français du film, Manuel Chiche, revient sur le succès incontesté du film qui approche 1,8 million d'entrées en France.

Le cinéaste Bong Joon-ho, dimanche soir aux Oscars
Le cinéaste Bong Joon-ho, dimanche soir aux Oscars © AFP / Mark RALSTON

BRUNO DUVIC : Vous dirigez la société Jokers Films, distributeur français de "Parasite". Vous attendiez-vous à un tel carton ?

MANUEL CHICHE : On ne s'attendait pas à ce carton, mais l'histoire est tellement belle depuis le début que... pourquoi pas ! 

Parlez-nous de Bong Joon-ho, ce cinéaste qui a cinquante ans, qui est établi et qui exerce depuis un peu plus de 20 ans maintenant.

C'est un homme tout simple, plein d'humour, d'humanisme et en même temps, c'est un bourreau de travail. Sous ses dehors bonhommes, il a une face très sombre dans son regard sur le monde. Et c'est quelqu'un d'une grande intégrité, fidèle aux gens qu'il aime. C'est totalement un cinéaste qui parle du monde actuel. La lutte des classes, il avait commencé à l'aborder dans "Snowpiercer" de manière très frontale. Il a parlé des manipulations génétiques dans "Okja", et aujourd'hui, il parle de la fracture sociale, comme en parlent les deux autres films que sont "Les Misérables" ou "Joker".

Dans "Parasite", le fils d'une famille pauvre entre dans une famille riche comme prof d'anglais et on voit les réactions en chaîne que ça peut avoir. Effectivement, il est question des rapports entre les classes sociales, comme dans les deux films que vous venez de citer...

Ces trois films sont trois cris de colère qui disent tous "Quand est-ce qu'on arrête ? Quand est-ce qu'on revient vers une société plus humanisée, avec un monde plus juste ? Est-ce qu'on va continuer à délaisser des territoires, des gens ?" : ce sont les questions que pose le cinéma cette année.

Quand avez-vous senti que quelque chose était en train de se passer autour de ce film ?

Lors de la projection cannoise, au printemps dernier. C'était un moment très électrique, comme j'en avais rarement vu pendant le festival de Cannes. Depuis, on en est à 1,75 million d'entrées, ce qui, pour un film de cette nature, est totalement exceptionnel.

Vous êtes une petite société de distribution : qu'est-ce qu'un prix comme celui-là change pour vous ? Vous allez prendre plus de films, des films différents ?

Plus de films ? Non. Des films différents ? Non plus. On va essayer de continuer à défendre un cinéma qui a quelque chose à raconter. Et ce n'est pas toujours le cas. On reste une petite société indépendante et on défend des petits cinéastes indépendants.

Ce film a été difficile à placer auprès des salles de cinéma ?

Non, étant donné que c'était la Palme d'Or. En revanche, dans un deuxième temps, on a freiné sur le nombre de copies, on l'a sorti sur 180 copies alors qu'on avait beaucoup plus de demandes. On souhaitait bénéficier du bouche à oreille pour monter progressivement. À son pic, le film était diffusé dans 720 salles en France, ce qui était énorme. 

Le film est déjà disponible en DVD et VOD... Il ressort le 19 février, mais en noir et blanc. Pourquoi ?

C'est une lubie de Bong Joon-ho, qui avait envie de voir ce que ça pouvait donner. Il est fan de l’expressionnisme allemand et il trouve que ça accentue - et je suis assez d'accord avec cela - le côté "tragédie" du film.

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