J’ai participé hier soir au lancement de la semaine de cinéma suédois et norvégien « Ciné Nordica » déjà évoquée ici-même. Soirée parfaitement réussie avec la projection d’un film suédois inédit en France « Maria Larssons eviga ögonblick », soit la vie au début du XXè siècle d’une jeune femme de la classe ouvrière qui va devenir la première femme photographe suédoise. Beau film classique sur un destin étonnant, servi par un casting impeccable. Le tout avait lieu au Cinéma du Panthéon, soit une des salles les plus charmantes de la capitale. Que demander de mieux ? Le mauvais esprit permanent que je suis tient juste à vous raconter cette micro anecdote. Avant le film, une représentante suédoise et un représentant norvégien firent chacun un court discours pour marquer leur soutien et leur attachement à cette nouvelle manifestation. Sur le terrain linguistique, c’est la Norvège qui a remporté ce match éclair : son représentant a lu un texte en français, effort particulièrement méritoire (à titre personnel, la seule perspective de devoir lire un texte en norvégien me glace les sangs), alors que son homologue suédoise a préféré lire son intervention en … anglais. J’adhère parfaitement à l’idée que la lecture d’un texte en français était pour elle un véritable casse-tête (à titre personnel, la seule perspective etc…). J’avoue moins comprendre et admettre le recours quasi systématique à cet anglais parlé par tout le monde et par personne, sorte d’esperanto sans âme. J’aurais aimé l’entendre parler tout simplement suédois, puisqu’elle avait à ses côtés une traductrice franco-suédoise hors pair. C’est d’ailleurs ce que fit le réalisateur suédois, Jan Troell, auteur du film d’ouverture et présent sur scène. Il est un peu triste qu’au cours d’une manifestation culturelle le poids de l’hyperpuissance linguistique se fasse sentir un peu plus : le cinéma passe par des images et des langues, non ? La représentante suédoise n’est pas en cause. C’est désormais l’habitude. Le plus drôle, c’est de voir des publics et singulièrement des publics français dont on connaît le peu de goût pour les langues étrangères faire comme s’ils maîtrisaient impeccablement la langue anglaise et ne pas broncher. Finalement, nous sommes également coupables et c’était à nous hier soir de réclamer un discours en suédois. Je le dis avec d’autant plus de force que ma voisine suédoise me disait récemment son inquiétude devant l’envahissement de la langue anglaise au sein de la société suédoise et sa crainte de voir la langue suédoise disparaître un jour dans les profondeurs abyssales des langues mortes. Vive la Suède libre ! (ce sera la phrase du jour !)

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