C’est ce soir sur France 2 qu’est diffusé le nouveau volume de la collection « Suite noire » avec laquelle je vous casse les oreilles depuis le début de cet été. Je compte donc sur votre indulgence et je ne peux sans cesse hélas vous surprendre. Même si je ne vais pas vous parler du téléfilm de ce soir à proprement dit pour la simple et bonne raison que je ne l’ai pas encore vu ! En revanche, je connais et j’apprécie l’œuvre de sa scénariste et réalisatrice, Dominique Cabrera. « De l’autre côté de la mer », « Le Lait de la tendresse humaine », « Nadia et les hippopotames » et « Folle embellie », ce sont à ce jour les quatre films de fiction réalisés par Cabrera. Il faut y ajouter des œuvres documentaires de grande qualité dont un journal intime amoureux, avec Didier Motchane comme surprenante figure centrale. Quantitativement, c’est peu. J’aimerais avoir plus souvent des « nouvelles » de Cabrera. Autrement dit, son regard sur le monde et ses habitants me semble suffisamment intéressant, sensible et complexe pour ressentir le besoin de le croiser plus souvent. Elle est une formidable raconteuse et montreuse d’histoires humaines, à l’instar du titre shakespearien qu’elle avait choisi pour donner à Patrick Bruel ce qui est peut-être son seul vrai rôle au cinéma jusqu’à présent : « Le lait de la tendresse humaine ». Dans ce film trop méconnu et sous-estimé, on le voyait en père démuni face à une épouse (la définitivement impeccable Marilyne Canto) qui « refuse » leur nouveau-né. Cabrera y réussit le tour de force de sublimer un sujet très lourd (la déprime d’une mère) par une formidable mise en scène du quotidien avec un vrai travail sur les lieux, les décors, la musique. Et puis il y a eu l’échec totalement injuste de « Folle embellie », cette incroyable histoire de fous au sens propre du terme. Un OVNI dans le cinéma français, une vraie tentative de revenir à une sorte de réalisme poétique ou à un surréa lisme prosaïque, comme on voudra. Impossible d’oublier l’image du fou joué par Jean-Pierre Léaud et qui prend littéralement son envol dans la forêt tel une luciole surgie du songe d’une nuit de déroute. Impossible de ne pas être fasciné par ces aliénés qui prennent le chemin de la débâcle française mais en … sens inverse ! Impossible de ne pas admirer une direction d’acteurs qui magnifie Miou-Miou, Canto, Léaud, Moreau (Yolande !), Gourmet et les autres.Alors, oui, décidément, Cabrera fait partie de ces cinéastes qui nous donnent à voir et nous aident à vivre. D’où notre frustration : on aimerait tout simplement « la voir » plus souvent. Multiplier les rendez-vous et les occasions d’apprécier ce qu’elle est et ce qu’elle nous montre et ce qu’elle nous apporte. La vie est parfois injuste quand elle instaure ainsi la rareté en système. Mais, après tout, on peut toujours rêver et imaginer que ce « pas assez » se transforme en « plus souvent » ! C’est tout le mal que l’on se souhaite dans le cas présent.Ah ! ça ira !La phrase de la nuit ?« Odeur des myrtilles dans les grands paniersQue demeure-t-il de nous au grenier ? »Aragon

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