Elle n'est pas jolie, avec ses lunettes en argent, ses cheveux longs qui cache un regard qui louche et son grand corps dégingandé dissimulé sous sa veste noire. Peu disponible, parce qu'entièrement concentrée sur l'accrochage de l'exposition de photos et dessins qu'elle présente à la Fondation Cartier, à Paris. Comment lui en vouloir? Patti Smith expose et s'expose. 40 ans de petits témoignages, de fragments. Photo d'une guitare ou de la tombe de Sartre, photo des chaussons du photographe amant ami Robert Mapplethorpe, photo de ses enfants... Instants vécus, impressions, des émotions plus que des oeuvres d'art. Il faut sans doute aimer Patti Smith pour être sensible à cet accrochage. Il faut connaître ses chansons depuis "Horses", le disque culte de 1975 dont Mappelthorpe avait signé la pochette. Au centre de la salle, un gamin de 20 ans, chapeau sur la tête et longues pattes sur le visage, joue de la guitare et sourit gentiment, cool. C'est Jackson Smith, le fils de Patti et d'un musicien décédé, que sa mère a inclus dans le parcours comme l'un de ses objets. Il doit jouer et proposer aux visiteurs de leur donner des cours de guitare! Du plafond, pendent des petits écrans qui projettent des films d'auteur sur elle, signés Robert Franck, R Mapplethorpe. Ici, une pièce vide avec seulement un matelas et un drap projettent un film sur un auteur oublié, René Daumal... Là, une vitrine rend hommage à Rimbaud, avec entre autres l'édition rare d'une saison en enfer. Est-ce de l'art? Peut-être pas. Un artiste doué qui galère sera sans doute furieux que la Fondation Cartier refuse ses projets et n'expose que les stars branchées, David Lynch, Patti Smith, à quand Lou Reed? Mais pas de colère pour nous, simples curieux, devant ce qui ressemble davantage à un bric à brac d'une vie d'artiste qu'à qu'une exposition d'artiste. Par sa simplicité et cette accumulation de reliques en noir et blanc, "Land 250" finit même par émouvoir beaucoup et rendre belle cette artiste dont le mari, le frère, l'ex amant et les parents ont disparu. Et qui veut croire à la méditation, à la contemplation, au partage de cette communion avec ses morts par l'image et la musique.

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