La féérie musicale de Jacques Demy inspirée du très célèbre conte de Charles Perrault fête ses 50 ans. Catherine Deneuve interprétait la célèbre princesse qui fuyait le château familial et l'idée d'épouser son propre père, revêtue d'une peau d'âne. Hormis Eric Neuhoff, les critiques adorent toujours autant !

Catherine Deneuve et Jean Marais sur le tournage du film "Peau d'Âne" de Jacques Demy (1970)
Catherine Deneuve et Jean Marais sur le tournage du film "Peau d'Âne" de Jacques Demy (1970) © Getty / Michel Ginfray / Contributeur

Le film présenté par Jérôme Garcin 

Le film célèbre ses 50 ans : orchestré par Michel Legrand, avec Catherine Deneuve dans le rôle titre, le roi Jean Marais, le prince Jacques Perrin, la marraine Delphine Seyrig, mais aussi Micheline Presle, Fernand Ledoux. 

Arte vidéo sort une version restaurée et les éditions de La Martinière publient un livre qui raconte l'histoire du film, écrit par Emmanuel Pierrat et Rosalie Varda, la fille de Jacques Demy et d'Agnès Varda avec en prime le conte original de Perrault, illustré de gravures de Gustave Doré, très loin des couleurs psychédéliques du film. 

Avant de mourir, la reine fait promettre au roi de se remarier seulement s'il trouve une femme plus belle, et la seule qui corresponde à ce critère, c'est sa fille. Elle s'enfuit, devient servante chez un prince qui, grâce à une bague tombée dans un gâteau, va l'épouser. Et c'est ainsi que Peau d'âne devient une princesse. Film que résume Rosalie Varda de la manière suivante : 

C'est la tentation de l'inceste, le fantasme d'un amour perdu. 

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Pour Éric Neuhoff c'est démodé et épouvantable

On va être sérieux cinq minutes, c'est absolument épouvantable.

C'est d'une laideur, d'un kitch, d'un nian-nian, j'ai été accablé. Ça donne des bleus aux yeux. Quand je dis bleu, ce n'est pas seulement le terme médical, c'est toute la première partie du film qui baigne dans le bleu : les domestiques ressemblent aux Schtroumpfs, il y a du velours et des plexiglas, les chevaux sont peints en bleu, ce qui ne doit pas être recommandé non plus. Très vite, on a une overdose d'outre-mer, ça continue et ça continue… C'est quelque chose de terrible et, ouf, tout d'un coup, en deuxième partie, on passe au rouge… Alors là, les chevaux ont l'air d'avoir pris des coups de soleil dans le désert, on a une une overdose de pourpre, une nausée écarlate. 

J'ai trouvé le film d'un démodé… on met ça sur le papier puis, quand on arrive sur le plateau, on dit "Non finalement, on ne va pas le faire, c'était une blague de fin de repas, on va effacer ça"… Non, il y a un truc terrible, c'est la couleur, c'est, pour moi, la grande malédiction de Jacques Demy qui a fait deux chefs d'œuvre en noir et blanc "Lola" et "La Baie des Anges". Là, ce film l'a complètement détruit. La fameuse séquence où Catherine Deneuve se prend pour Maïté et nous prépare son cake d'amour, là, on atteint le pompon ! D'ailleurs, j'ai fait la recette et je peux vous dire : c'est immangeable…"

Xavier Leherpeur salue une nouvelle fois un chef d'œuvre

XL : "Le film est tout sauf gnan-gnan. Il est d'un subversif entre les mots, dans les dialogues, rien que l'idée de l'inceste qui traverse l'œuvre de Jacques Demy. Un film qui, dans le dialogue, dans les détails, est extrêmement incisif, méchant, drôle, d'un modernisme absolu !

Alors, peut-être qu'on peut reprocher - moi non, car je suis fan absolu du début jusqu'à la fin - de la couleur et un débordement de teintes mais, en même temps, quand on écoute les dialogues, il y a un moment où le roi refuse de se remarier et on lui apporte comme ça des petits portraits, avec ses commentaires qui sont d'une méchanceté absolue où, pourtant, les jeunes femmes ont été mises à leur avantage, mais lui n'y arrive absolument pas. Jusqu'au moment où il tombe sur le portrait de sa fille où, là, il retombe amoureux de façon absolument absolue". 

C'est un chef d'œuvre complet qui me met toujours en joie

Pierre Murat est un fan absolu

PM : "Je suis un fan absolu de Jacques Demy, j'aime beaucoup ça. Il y a des gens qui détesteront toujours Demy, on en a eu la preuve quand on a critiqué, dans cette émission, "Les Parapluies de Cherbourg"

J'avais oublié qu'en fait, c'est le Premier ministre, Sacha Pitoëff, qui propose au roi l'inceste parce qu'il n'y pense pas au départ. C'est lui qui dit qu'un roi doit toujours se méfier du Premier ministre. 

Ce film, c'est l'élégance, et l'utilisation du ralenti.

Plus personne ne savait utiliser ça et il l'utilise de manière magnifique. Il y a des allusions à Cocteau, il y a les poèmes d'Apollinaire, le texte de l'apparition de Delphine Seyrig. Il me semble que la partie en bleu est un tout petit peu meilleure que la partie rouge, mais c'est un détail".

Charlotte Lipinska adore 

CL : "C'est un film sous influence "flower power" et "pop culture". Jacques Demy et Agnès Varda ont été plongés là-dedans pendant deux ans et, clairement, le scénario a été écrit avec ce cocktail-là. 

Rosalie Varda ne cache pas que le cake d'amour, on peut y voir un space cake, quand on écoute certains détails des chansons, je pense notamment aux rêves secrets d'un prince et d'une princesse quand ils tombent amoureux et qui disent faire tout ce qui est interdit. On sait très clairement à quoi ils font référence. Pour un film gnan-gnan, on repassera

C'est clair que c'est une sorte de film-étalon de la féerie et du merveilleux au cinéma

On voit que Jacques Demy n'a pas eu les moyens de production de son imaginaire.

Il y a ce style très singulier, unique et même paradoxal, à la fois foisonnant et épuré. Les décors sont somptueux, mais il n'y a quasiment personne dedans, il n'y a pas assez de figurants, c'est très peu meublé, donc on imagine aussi le film qu'il aurait fait s'il avait eu le double des moyens de production. 

C'est ce qui a fait la joie des grands et des petits pendant des générations.

Les enfants se régalent".

Le film

🎧 Écoutez l'ensemble des critiques échangées à propos de ce film sur le plateau du Masque et la Plume :

9 min

"Peau d’âne" de Jacques Demy (1970)

Par Jérôme Garcin

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