Dans son tout dernier film, disponible sur Netflix, le cinéaste nous plonge à travers le récit d'un deuil périnatal qui bouleverse la vie d'une famille. Récompensé à la Mostra de Venise, cette histoire d'un couple meurtri par la perte de leur enfant à la naissance a fortement animé les critiques du Masque & la Plume.

Vanessa Kirby et Shia LaBeouf dans le film "Pieces Of A Woman" de Cornel Mondruczo
Vanessa Kirby et Shia LaBeouf dans le film "Pieces Of A Woman" de Cornel Mondruczo © Benjamin Loeb / Netflix

Le film présenté par Jérôme Garcin 

Un film présenté à la Mostra de Venise qui aurait dû, lui aussi, sortir en salles, du cinéaste hongrois Cornel Mondruczo avec Vanessa Kirby, Shia LaBeouf, Ellen Burstyn

Le film commence à Boston. Martha (Vanessa Kirby) va accoucher et, avec son mari Sean (Shia LaBeouf) elle a décidé de mettre au monde leur enfant à la maison à l'ancienne. La scène d'accouchement frontale est filmée en un plan séquence de 23 minutes. Ça se passe bien jusqu'au moment où le cœur du bébé ralentit et s'arrête. Le couple ne va pas survivre à la mort du bébé. Il s'éloigne tandis que s'ouvre le procès d'Eva, la sage femme (Molly Parker), contre laquelle Sean a engagé une procédure. 

Positif a fait sa Une de ce mois-ci sur ce film assez éprouvant et parle d'"un nouveau maître du cinéma américain".

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Michel Ciment salue "un film de maître, magistral et absolument passionnant" 

"Cornel Mondruczo a fait des films admirables comme Delta, Johanna, et ce film étonnant sur les chiens White God. Là, c'est son premier film aux Etats-Unis. 

C'est un film de maître, absolument magistral !

Et pas seulement ce plan séquence de plus de 20 minutes sur cet accouchement qui, finalement, devient un enfant mort-né, qui va marquer cette femme, va la détruire complètement. Alors qu'elle n'a pas le souci de revanche contre cette sage-femme à domicile qui a raté la naissance de l'enfant. 

C'est sa mère, jouée par l'extraordinaire Ellen Burstyn, qui, elle, a une soif de vengeance, de même que le mari. Tandis que, elle, n'est pas du tout dans ce registre-là, elle essaie simplement de se recomposer après ce traumatisme qu'elle vient de vivre. 

C'est un film absolument passionnant.

Il y a un rapport d'ailleurs qui est tout de suite fait au début du film, avec ce pont qui s'effondre, et qui marque une sorte de métaphore de ce qui va arriver à l'héroïne. 

C'est une vraie révélation en Amérique d'un cinéaste européen. Martin Scorsese a même accepté d'en être le producteur exécutif, quand il a vu la qualité du film. C'est une référence qui n'est pas mauvaise".

Un film qui est extrêmement éprouvant et difficile à vivre.

Eric Neuhoff l'a vu trois tellement il a adoré !

"C'est un peu comme si l'héritière de Gena Rowlands se retrouvait dans un film de Ingmar Bergman, parce que l'actrice est phénoménale. Vanessa Kirby, qui joue Margaret dans The Crown. C'est le même sujet que les films Le Mépris ou encore que The Nest, c'est-à-dire, qu'est-ce qui fait exploser un couple ? Là, c'est un bébé, ou l'absence d'un bébé. 

D'ailleurs, on voit que le film s'étale sur neuf mois. Je pense que c'est fait exprès. Il y a cette construction du pont effectivement au début, et on voit, de mois en mois, les deux parties du pont se rapprochant, alors que, dans le couple, le mari et la femme n'arrêtent pas de s'éloigner. 

Le film montre comment cet accouchement à domicile - loin d'être une publicité pour la promouvoir la mise au monde d'un enfant dans ces conditions-là - sépare vraiment les deux personnages. Le mari ne sait plus quoi faire pour que ces deux-là restent ensemble. Et la souffrance que vit la femme l'isole tellement, elle la tutoie tellement qu'elle vit dans son monde à elle : son corps la dégoûte, le corps de son mari lui indiffère complètement. 

La mère, la fabuleuse Ellen Burstyn est terrifiante. C'est elle l'exorciste là-dedans, qui essaye de réparer les morceaux. Le mari aussi, s'il veut aller au procès, c'est parce qu'il ne sait plus quoi faire pour essayer de faire plaisir à sa femme qui est détruite de l'intérieur. Cette Vanessa Kirby, dans son manteau rouge, avec ses cheveux peroxydés, on sent qu'elle hurle de l'intérieur. 

La douleur d'un accouchement n'en finit pas pour montrer ce qui se passe dans la tête et le corps de cette femme à ce moment-là.

C'est un film qui offre vraiment un choc énorme, comme pouvait l'être Manchester By The Sea aussi à l'époque, en plus fort encore. 

Ce réalisateur est quelqu'un avec qui il faut compter parce que l'installation aux Etats-Unis lui a fait un bien fou.

La douleur d'un accouchement n'en finit pas, pour montrer ce qui se passe dans la tête et le corps de cette femme quand elle accouche".

Camille Nevers regrette "une arnaque totale qui lui est insupportable"

"Ça m'échappe totalement. C'est une arnaque totale. J'ai du mal à aller au bout dès la première fois… Avec ce plan séquence, je ne comprends pas qu'on puisse s'enticher d'une arnaque pareille, faite de dolorisme putassier qui fait qu'on nous filme quelque chose en plan séquence et qui plus est quelque chose de totalement fake… 

Comme on a des caméras légères qui peuvent aller partout, on fait des trucs qui durent une demi-heure avec des plans séquences… Il fait un chantage à la robe sans couture du réel en nous montrant quelque chose de faux, elle n'accouche pas vraiment.

Forcément, tout est fake et tout est mis en scène.

Pourquoi faire un plan séquence histoire de faire genre "c'est de l'histoire vécue ?"

Pour moi c'est insupportable… Et puis Martin Scorsese derrière, avec Ellen Burstyn qui revient plutôt d'un autre mauvais film de femmes qui était Alice n'est plus ici… Autant au programme du Masque & la Plume, on a toute une série de magnifiques portraits de femmes qui vont suivre et qu'on connaît, autant cette femme-là qui aurait pu être une sorte de Sue perdue dans Manhattan, quelqu'un d'extrêmement fort, en aisance, là, c'est le film d'arnaque. 

C'est le film "carte de visite américaine" où le type va faire genre "je suis un grand metteur en scène et vous allez entendre parler de moi".

Ça n'est que du "m'as-tu vu ?" Ça ne nous épargne en rien la scène sous la douche, la scène dans la discothèque perdue, la scène de cul avec son mari qui tourne mal, Shia LaBeouf qui est tout le temps cadré plus ou moins à hauteur de caleçon ou de poils pubiens…" 

Comme si c'était un super truc de filmer à hauteur de caleçon… Le film est totalement fake, c'est insupportable.

Pour Pierre Murat, c'est "une révélation sinon la confirmation d'un très grand réalisateur"

"Quoi qu'il fasse, ce réalisateur sera assassiné, il ne peut jamais faire un bon film. 

En effet, ce monsieur Cornel Mondruczo est un très très grand réalisateur. D'ailleurs je conseille à tout le monde regarder son film White God, précipitez-vous-y parce que c'est une sorte de Spartacus chez les chiens, fait d'une telle originalité. Il a fait aussi La lune de Jupiter où il s'agissait d'un émigré criblé de balles, qui devenait presque un ange. 

Ce cinéaste a des idées, il a une originalité et, là, je trouve qu'il y a un vrai mystère, une espèce de profondeur, une telle douleur

Ce que j'aime beaucoup, c'est la douleur, à la fois de cette femme, pas seulement dans le plan séquence, mais tout au long du film, et qu'il rend très bien. Les deux acteurs sont splendides.

Je suis un petit peu d'accord pour dire que c'est un tout petit peu moins fort que les précédents, dans la mesure où il est obligé de faire quelques concessions, si j'ose dire, à Hollywood. Les scènes du procès, qui sont pourtant un genre que les Américains maîtrisent très bien, bon, là, il se plante un tout petit peu". 

Sinon, c'est vraiment un auteur, c'est non seulement une révélation, mais la confirmation d'un très grand réalisateur.

Le film

▶︎ Disponible sur Netflix

🎧  Écoutez l'ensemble des critiques échangées à propos de ce film sur le plateau du Masque et la Plume :

8 min

"Pieces Of A Woman" de Cornel Mondruczo

Par Jérôme Garcin

► Retrouvez les critiques du Masque et la Plume, réunis autour de Jérôme Garcin, pour parler cinéma, théâtre ou littérature.

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