C’est le film le plus court sorti aujourd’hui sur les écrans (33 minutes), est-ce pour autant le moins intéressant ? Que nenni ! Pierre et le loup » film d’animation avec marionnettes en 3D de la britannique Suzie Templeton pourrait n’être qu’une énième mouture du conte musical de Serguei Prokoviev. Mais dès les premières images, on plonge dans un univers tout à fait original. Le décor de neige sale, c’est celui de la Russie actuelle et d’un paysage sans attrait particulier. On démarre donc, caméra au poing, s'il vous plait, dans l’austérité et dans une sorte de sévérité formelle assez sidérante. Pierre nous apparaît comme un petit garçon triste aux yeux bleu acier tournés vers la forêt proche, vers un ailleurs dont il rêve. Le reste de la transposition du conte est à l’avenant, c’est à dire sans l’ombre d’une concession à un quelconque paradis vert des récit enfantins. C’est ainsi que le petit héros part à la ville pour faire des courses. Soit une abominable cité post-stalinienne où les adultes rencontrés en chemin s’avèrent fort peu sympathiques. Le merveilleux viendra plus tard, sans pour autant tomber dans le niaiseux, avec l’oiseau, le canard, la grand-mère et le loup, les autres fondamentaux de ce conte musical. Formellement, ce « Pierre et le loup » s’aventure dans le hors piste des productions habituelles. Ici, rien de lisse et de parfait. On tend en permanence vers le bric-à-brac et l’arrière-boutique d’un brocanteur désargenté. C’est de l’animation de vide-grenier avec ce que cela comporte de charme et de poésie. Cela dit à condition d'ajouter qu'il s'agit bien d'un vrai-faux bricolage de génie pur et non d'un spectacle au rabais. Le charme envoûtant de ce film tient précisément à ses allures de diamant brut. On s’émerveille alors de ces trouvailles stylistiques et de cette ambiance à la fois mystérieuse et proche, rassurante et pleine de sortilèges. On est au cinématographe et non au cinéma. Méliès aurait peut-être adoré ce retour aux sources de l’art forain forcément muet puisque porté par la musique de Prokoviev qui suffit largement au bonheur du spectateur saturé ailleurs de bavardages inutiles. On nous dit qu’il a fallu cinq ans et 200 techniciens et musiciens européens pour parvenir à ce résultat hors du temps, des modes et de Pixar-Disney. C’est assurément le prix à payer pour donner du plaisir et laver nos yeux encombrés."Pierre et le loup" est donc dans les salles depuis ce matin. Pour information, il a obtenu l'Oscar du meilleur court métrage et le Grand Prix du public au Festival d'animation d'Annecy. Et la formule de "7 à 77 ans et plus" lui va comme un gant !Ah ! ça ira !La phrase de la nuit ?« Le Temps qui sans repos va d’un pas si légerEmporte avec lui toutes les belles choses : C’est pour nous avertir de le bien ménager,Et faire des bouquets dans la saison des roses.Tristan Lhermitte, « Amours »

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