Et d'abord, prendre sa retraite, ce n'est pas mourir, hein ! Gare aux nécros préalables ! Trintignant fait ce que font des milliers de salariés en France chaque année : il cesse de travailler. Et donc il continue de vivre. Et de vivre pleinement. Du côté d'Uzès, soit dit en passant. Ce n'est un secret pour personne. Là, comme il l'a confié un jour à André Asséo, il peut se plonger dans le spectacle d'un lézard au soleil, de préférence à d'autres activités plus trépidantes pour le corps ou l'esprit. Plus ? C'est à voir. A Uzès, tout prend un relief particulier, j'en sais quelque chose. Plus sérieusement, on se dit que Trintignant est à son aise dans cette ville étrangement située en France, alors qu'elle est tellement italienne. Pour celles et ceux qui l'ignorent, Trintignant a d'ailleurs consacré à la "cité ducale" (je plaisante, à Uzès) un film entier "Une journée bien remplie". Dans ce petit bijou d'humour noir, Dufilho et sa vieille maman sillonnent à bord d'un side-car l'Uzège en long, en large et en meurtres, vengeance antique oblige. C'est un film presque méconnu et c'est pourtant un film qui, comme "Buffet froid" ou "Coup de torchon" fait clairement bande à part dans le cinéma français. Pour fêter le retraité Trintignant, on n'aura donc qu'un seul conseil : voyez ou revoyez "Une journée bien remplie". Vous pourrez imaginer ainsi l'acteur-réalisateur-lecteur-propriétaire de vignes dans son milieu naturel, entre garrigues arides et Pont du Gard, entre place aux Herbes et capitelles. Un vrai paysage de cinéma qui donne envie de se la couler douce, de lézarder par conséquent. On le comprend d'autant plus Trintignant. Et puis sur place, il pourra toujours aller voir un film au "Capitole", le cinéma d'Uzès. Parce que non seulement cette ville est un joyau à elle seule mais elle compte un cinéma classé Art et Essai dont les trois salles enchantent les cinéphiles locaux. Oui, Trintignant prend sa retraite dans une ville dont Racine disait :

"Le ciel est toujours clair tant que dure son cours

Et nous avons des nuits plus belles que vos jours"

Le jeune Racine savait de quoi il parlait, ce n'est pas sa retraite mais une pré-carrière qu'il prit à Uzès durant un an en quittant Paris pour rejoindre son oncle, le chanoine Sconin qui habitait non loin d'Uzès, à Saint-Maximin (c'est le jour du lézard, aujourd'hui, on prend son temps pour tout raconter, à la Trintignant !). Alors voilà, on l'envie Jean-Louis. On l'envie de ses jours et de ses nuits là-bas, au soleil ou à la fraîche. Et même au froid parfois car il peut y faire de beaux hivers aussi froids qu'ensoleillés. Et tant mieux si l'annonce de cette retraite fait pleuvoir les hommages mérités du vivant de Trintignant. L'habile homme en vérité qui regardera ce petit cirque médiatique (y compris le présent blog évidemment) avec son détachement habituel, le sourire narquois aux lèvres.

Allez, on le dit, il n'habite pas tout à fait à Uzès, mais à côté, tout à côté, près du Gardon. C'est le même pays, rassurez-vous. L'essentiel, c'est qu'il y a des lézards à regarder. la vraie vie, quoi. Enfin !

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