Christophe Honoré , le réalisateur des "Chansons d'amour" et des "Métamorphoses", raconte une histoire d’amour au temps du sida... Extrait des critiques échangées sur le film au "Masque et la Plume".

Christophe Honoré filme une belle histoire d'amour impossible au temps du sida. Le film "Plaire, aimer et courir vite" est dans les salles depuis le 10 mai 2018 © Jean-Louis Fernandez / LFP- Les Films Pelléas - Gaumont - France 3
Christophe Honoré filme une belle histoire d'amour impossible au temps du sida. Le film "Plaire, aimer et courir vite" est dans les salles depuis le 10 mai 2018 © Jean-Louis Fernandez / LFP- Les Films Pelléas - Gaumont - France 3

Le réalisateur des Chansons d’amour situe son action en 1993. Arthur (c’est Vincent Lacoste), le double évident d’Honoré, est étudiant à Rennes, il est fou de cinéma et de littérature, il a une copine, Nadine (Adèle Wismes), mais il préfère les garçons. Au théâtre national de Bretagne et dans un cinéma de Rennes qui projette La leçon de piano, il rencontre un dramaturge parisien et dandy deux fois plus âgé, Jacques (c’est Pierre Deladonchamps, révélé dans L’inconnu du Lac de Guiraudie), qui élève un fils en garde alternée et qui est atteint du sida. Pour ne pas montrer à Arthur le mal qui le ronge, Jacques se cache dans l’appartement de son ex et voisin (Denis Podalydès). 

Cette impossible histoire d’amour, où l’on cite Koltès, Isherwood, Truffaut, pourrait être très sombre, mais Honoré a réussi à lui donner de la légèreté. 

Jean-Marc Lalanne : "très beau"

Le film est très beau, précisément parce qu'il ne cesse de retarder le moment de déflagration émotionnelle. C'est vraiment un film qui est d'une science acrobatique dans la façon de jouer sur une forme de légèreté et d'humour, à l'image de la grâce (pour le coup acrobatique) de Vincent Lacoste, qui est une sorte de funambule extrêmement gracieux. Face à lui, il y a Pierre Deladonchamps, un acteur beaucoup plus "premier degré" dans ce rapport à l'émotion. Dans le dernier quart d'heure, tout à coup, ça se déverse et le film devient absolument bouleversant

Christophe Honoré revient un peu à ce qu'il faisait de mieux, à ses plus beaux films (Dans Paris, Les chansons d'amour…), à sa façon de dessiner des chroniques sentimentales qui ont l'apparence de la légèreté mais qui ont une très grande acuité, pour aller très profondément dans les gerçures du cœur. 

Et puis, il y a une façon de restituer les années 1990, notamment à travers une bande son musicale que je trouve absolument impeccable. Etant de la même génération que Christophe Honoré, le film me bouleverse aussi pour ça… 

Pour la justesse aussi, avec laquelle il évoque ce monde qui dans le film paraît à la fois proche et déjà très lointain, avec des répondeurs et des cabines téléphoniques... Il y a quelque chose de très beau aussi dans la manière dont il filme l'archaïsme de la fin du XXe siècle…

Les années 1990, ce temps d'avant les portables… © Jean-Louis Fernandez / LFP- Les Films Pelléas - Gaumont - France 3
Les années 1990, ce temps d'avant les portables… © Jean-Louis Fernandez / LFP- Les Films Pelléas - Gaumont - France 3

Nicolas Schaller : "un film vraiment très touchant"

Christophe Honoré, je ne suis pas toujours forcément client mais là, il trouve vraiment le sujet : à la fois personnel, intime et en même temps, le sujet qu'attendait sa sensibilité. Il y a toujours chez Honoré quelque chose d'un peu heurté, on le sent animé par des mouvements de fonds contraires, à la fois très mélancoliques, très romanesques, et en même temps toujours un côté littéraire ou une pudeur qui ne veut pas aller trop loin. Et là, il trouve vraiment le sujet : une histoire d'amour empêchée - l'histoire de deux solitudes qui finalement n'arrivent pas vraiment à se rencontrer.

Ce qu'il fait notamment des téléphones, je trouve ça très beau : régulièrement, dans le film, il y a des appels au téléphone - et puis il n'y a personne au bout du fil. À un moment, il n'y aura vraiment plus personne au bout du film. C'est comme une très belle chanson qui vous reste et qui vous hante (Christophe Honoré aime beaucoup les chansons de variété). 

Sophie Avon : "très beau"

Je ne vais pas répéter ce qui a été dit et très bien sur l'amour, sur le précipité de la vie, on passe de la jeunesse à la mort sans passer par la vieillesse, c'est déchirant et en même temps enjoué… Tout ça est très beau.

C'est un film sur la transmission culturelle aussi. C'est un film qui n'a pas peur de la culture, pas peur de citer. C'est beau, cette idée de rendre hommage à cette culture qui a fait de lui l'artiste qu'il est aujourd'hui avec les livres, les films, et moi ça m'a encore plus bouleversée, peut-être, que le reste.

Danièle Heymann : "C'est un très beau film inconsolé et magnifique"

J'avais un peu quitté Christophe Honoré parce que je n'aimais pas trop Les malheurs de Sophie, Les Métamorphoses. Et là j'ai retrouvé absolument tout ce qui faisait ses plus beaux films. 

C'est un film totalement intime et totalement universel. 

Danièle Heymann : "Les trois acteurs sont formidables" (Pierre Deladonchamps, Vincent Lacoste et Denis Podalydès) © Jean-Louis Fernandez / LFP- Les Films Pelléas - Gaumont - France 3
Danièle Heymann : "Les trois acteurs sont formidables" (Pierre Deladonchamps, Vincent Lacoste et Denis Podalydès) © Jean-Louis Fernandez / LFP- Les Films Pelléas - Gaumont - France 3

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Ecoutez l'ensemble des critiques échangées sur le film autour de Jérôme Garcin sur le plateau :

6 min

"Plaire aimer et courir vite" de Christophe Honoré : les critiques du Masque et la Plume

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