« La Vague » du cinéaste allemand Dennis Gansel est sur les écrans depuis aujourd’hui. Tiré du roman de Tod Strasser lui-même adapté d’une histoire vraie, le film montre comment un professeur d’un lycée allemand actuel met en place un jeu de rôles « pédagogique » et transforme ainsi sa classe en un groupe fascisant des plus inquiétants. Les élèves deviennent des fachos accros, adoptent un uniforme adéquat, tandis que l’enseignant -sorcier, montré comme de gauche et libertaire au début du film, se voit bientôt pris à son propre piège. Le discours est clair : nous sommes tous des fascistes en puissance et l’irruption de n’importe quel petit Hitler dans un groupe donné suffit à créer les conditions de la Nuit de Cristal et de la Solution finale. Plus le film avance sur ces rails balisés et terriblement convenus, plus tout se fait lourd, pesant et mortellement didactique. Sans compter une assimilation plus que facile entre le fascisme d’un côté et le marketing de l’autre : l’emblème de « La Vague », le groupe fascisant donc, ressemble étrangement à celui de la marque Nike. La croix gammée égale un logo de pub, l’uniforme SS vaut le survet des sportifs et ainsi de suite. On fait plus subtil, non ? Ce qu’il y a de bien avec Nike c’est que les stades restent des stades, alors qu’avec les Nazis et leurs copains collabos parisiens, le Vel d’Hiv se remplissait de futurs déportés. Non, décidément, tout ne se vaut pas. Lutter contre le retour toujours possible de la « bête immonde » ne saurait être comparé aux luttes, certes nécessaires mais forcément pacifiques, contre l’uniformisation de nos modes de consommation. Parce que le scénario de Gansel pratique ce genre d’amalgames et de raccourcis ineptes, il faut le déconseiller au public qu’il vise, celui des ados. C’est un film cuit à l’étouffée, si l’on y réfléchit bien, comme on le dit d’une viande à braiser qu’on laisse longuement cuire dans un récipient clos, avec un peu de liquide et à feu doux. Mais avec une différence de taille : dans le domaine culinaire, le résultat est fondant, odorant et sacrément goûteux. Côté cinéma, c’est l’inverse : les films ainsi « braisés » ont tellement manqué d’air et d’amplitude pendant leur élaboration qu’ils n’ont qu’un vilain goût de renfermé. « La Vague » n’échappe pas à la cette règle avec ses allures de petite fable bien-pensante et étriquée, comme un médiocre devoir de philosophie de classe Terminale. Bref, un mauvais plat cinématographique !La phrase du jour ? « La vérité, comme l’art, est dans le regard de l’observateur. » Clint Eastwood

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