Vendredi soir, les César décerneront une vingtaine de prix pour récompenser les meilleurs films de l'année passée. Le film "J'accuse" de Roman Polanski, sélectionné douze fois, est au cœur des attentions.

Roman Polanski, aux César, récompensé pour "La Venus à la fourrure" en 2014.
Roman Polanski, aux César, récompensé pour "La Venus à la fourrure" en 2014. © AFP / Martin Bureau

Rarement (voire jamais) l'Académie des César n'a connu telle tourmente. Vendredi soir, la 45e cérémonie doit se tenir à la salle Pleyel dans un contexte tendu autour du film de Roman Polanski, de nombreuses fois sélectionné et sur fond de réformes réclamées par la profession

Le défi de Florence Foresti, maîtresse de cérémonie, sera sans doute de mettre en peu de sourire dans tout ça, tandis que la cérémonie sera précédée par un rassemblement à l'appel d'associations féministes dont le collectif #NousToutes et Osez le féminisme et qu'une récente tribune dénonce le manque de diversité dans la sélection.

Pour les César, le cauchemar Polanski

Concernant Roman Polanski, plusieurs associations et collectifs ont, ces derniers jours, appelé à voter contre lui et le ministre de la Culture lui-même qui a estimé, vendredi matin sur franceinfo, que lui décerner le César du meilleur réalisateur "serait un symbole mauvais". Franck Riester s'était déjà exprimé à l'automne, lors de la sortie et la promotion du film "J'accuse", perturbée par les accusations de viol portées mi-novembre par la photographe Valentine Monnier contre le réalisateur franco-polonais. "Le talent n’est pas une circonstance atténuante ; le génie, pas une garantie d’impunité", avait commenté le ministre.

Le 29 janvier, l'annonce des douze nominations pour le film de Roman Polanski avait suscité de vives protestations au sein du monde du cinéma. Parallèlement, dans une tribune publiée par Le Monde, plusieurs centaines de personnalités avaient réclamé une "réforme en profondeur" et "plus de démocratie" au sein de l'Académie des César. Le texte n'évoquait pas le cas de Polanski. À la suite de cette tribune et dans le climat de tension atour de l'affaire Polanski, la direction de l'Académie a annoncé "la démission collective de tous les membres", y compris son président depuis 2003, Alain Terzian, pour "retrouver la sérénité".

À la veille de la cérémonie, Roman Polanski a annoncé qu'il ne serait pas présent, pour "ne pas affronter un tribunal d'opinion autoproclamé, prêt à fouler au pied les principes de l’État de droit pour que l'irrationnel triomphe à nouveau sans partage", a déclaré le cinéaste de 86 ans à l'AFP.  

La pression sur les derniers votants

La pression est donc totale sur les épaules des tous derniers votants. Selon les informations recueillies par France Inter sur l'opaque système de vote de l'Académie des César, les membres peuvent se prononcer jusqu'à 16 heures, le jour de la cérémonie (ce vendredi donc). Impossible, en revanche, de connaître le taux de participation intermédiaire à ce second tour. Ce vote pour désigner les meilleurs films au sein des 21 catégories a débuté le 3 février. 

Au total, cette année 2020, 4313 personnes ont participé au vote de la sélection, sur les 4700 membres de l'Académie à jour de leur cotisations. 633 films étaient éligibles ainsi que 2745 professionnels (acteurs.trices, auteurs.trices, techniciens.ciennes). 

Ce premier vote s'était déroulé sur une période allant de mi-décembre (date de livraison d'un colis de DVD aux votants) jusqu'à fin janvier (la veille de la conférence de presse d'annonce des nominations). Les films recensés sont ceux de l'année précédente, avec plusieurs critères selon les catégories dont celui par exemple, pour le meilleur film français, d'avoir été présenté dans au moins une salle commerciale.

Du "meilleur réalisateur" aux "meilleurs décors"

Si la liste des membres de l'Académie est confidentielle, on sait qu'il faut, pour en faire partie, avoir fait acte de candidature et être coopté par deux membres déjà présent dans l'Académie. Il y a neuf collèges au total regroupant les acteurs, les réalisateurs, les auteurs, techniciens, producteurs, les distributeurs, exportateurs et courtiers en films, l'industrie technique, les agents artistiques, attachés de presse, directeurs de casting et enfin les exploitants de salles de cinéma. S'ajoutent enfin des personnalités acceptées par le président et les secrétaires généraux de l'Académie.

Le soir de la cérémonie, les enveloppes avec les lauréats sont conservées chez les huissiers, en sécurité et données au remettant au tout dernier moment, lorsqu'il entre sur scène.

Si la polémique a peut-être refroidi certains votants, le film de Roman Polanski comptant au total douze nominations, il semble improbable qu'il n'obtienne aucun prix. Néanmoins, la nature des récompenses avec lesquelles il repartira aura un sens : décerner à "J'accuse" le prix de la "meilleure photographie", des "meilleurs décors" ou "meilleurs costumes" n'aurait pas le même poids que de récompenser Roman Polanski du prix du "meilleur réalisateur".

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