De l'impériale Sissi à l'incarnation parfaite de la Femme française des années 1970… Guillemette Odicino et Jean-Pierre Lavoignat échangent autour de la carrière de Romy Schneider.

Romy Schneider dans "César et Rosalie" de Claude Sautet (1972)
Romy Schneider dans "César et Rosalie" de Claude Sautet (1972) © Sipa / NANA PRODUCTIONS

Sissi d'Ernst Marischka (1955, 1956, 1957)

Après la Seconde guerre mondiale, la trilogie de Sissi Impératrice est aussi une manière de redorer le blason de l'Autriche. Et pour Romy Schneider, une chance incroyable et une malédiction à la fois… Elle refuse de continuer la série avec un Sissi IV

 C’est presque une trahison nationale parce qu’à l’époque ce sont des monuments - et Sissi, et Romy ! Quand elle vient en France, c'est comme si elle passait à l'ennemi - la guerre n'est pas si loin !

Romy Schneider quitte l'Autriche, donc, et choisit de redémarrer sa carrière ailleurs. En France, elle joue dans Christine de Pierre Gaspard-Huit - elle y rencontre Alain Delon. C'est le début d'une grande histoire d'amour... et de la carrière de Delon, qu'elle lance.

Romy Schneider à Hollywood

Elle part à Hollywood... Elle danse un slow avec Woody Allen dans What's New Pussycat, tourne avec Otto Preminger, fait une apparition dans Le Procès d'Orson Welles... Comme le souligne Jean-Pierre Lavoignat :

Elle refuse d’être Sissi mais elle a une réputation.

Elle y fait surtout deux rencontres essentielles pour elle et sa carrière : Luchino Visconti et Orson Welles .

La Piscine de Jacques Deray (1968)

Romy Schneider revient en France grâce à Alain Delon. Il l'impose aux producteurs ; ils n'en veulent pas pour La Piscine car ils la trouvent trop marquée par l'image de Sissi.

Ce film lui ouvre la porte de sa deuxième carrière - sans cela, elle serait sans doute restée comme "l'actrice un peu éphémère qui a fait Sissi".

Les Choses de la vie de Claude Sautet (1970)

C’est aussi grâce à La Piscine qu’elle rencontre Claude Sautet, avec qui elle va tourner quelques-uns des plus grands films de sa carrière : Les Choses de la vie, César et Rosalie, Une Histoire simple... Jean-Pierre Lavoignat raconte cette rencontre :

Elle tourne avec Claude Sautet cinq films - dont quatre qui n’étaient pas à la base écrits pour elle.

 Sans elle ses films à lui n’auraient ni cette lumière, ni cette chaleur ni cette incarnation et sans lui Romy Schneider ne serait pas Romy Schneider.

Claude Sautet et Romy Schneider, cela a été un des couples magiques du Cinéma.

Le regard de Sautet et le talent de Romy dépassent le quotidien ; ils lui donnent une dimension presque poétique.

Ludwig de Visconti (1972)

Ce film est un clin d’oeil magistral dans l’histoire du cinéma. Romy Schneider retrouve pour un film Elisabeth de Bavière impératrice d'Autriche. "Seul Visconti  pouvait obtenir ça d'elle parce qu'elle avait vraiment fait une croix sur Sissi".

Il lui demande de jouer le rôle d’Elisabeth de Bavière, mais pas tout à fait comme dans Sissi… Ce film est beaucoup plus proche de la vérité historique : le portrait d'une femme tourmentée en quête d’absolu - et plus proche de Romy Schneider. Romy Schneider et Elisabeth de Bavière ont quand même des points communs : cette espèce d’insatisfaction permanente parce qu’elles cherchent l’absolu, ce désenchantement et en même temps cette volonté d’avancer, ce sens artistique, cette fascination pour l’ombre et la folie.

L’important c’est d’aimer d'Andrzej Żuławski

A l’époque, Zulawski est encore relativement inconnu alors que Romy Schneider est une star (et, comble, elle interprète dans ce film une actrice ratée).

Elle est bouleversante. Elle est devenue grâce à ce personnage l'incarnation du métier d‘acteur et du sacrifice que ça demande, et de l’absolu qu’on y met.

C'est grâce à ce film, L'Important c'est d'aimer, qu'elle remporte un César - le tout premier César de la meilleure actrice lors de la première cérémonie des Césars, en 1976.

A noter que cette même année, c'est Le Vieux Fusil, où elle joue aussi, qui rafle la plupart des autres prix.

Il y a des scènes vraiment très dures ; je ne suis pas sûr qu'on pourrait les tourner aujourd'hui

La Mort en direct de Bertrand Tavernier (1979)

L’âge arrive. En dehors de La Banquière de Girod où elle brille encore, Romy Schneider ne veut plus jouer sur sa séduction. Elle accepte un film d’anticipation sur un sujet presque banal : une femme qui accepte d’être filmée alors qu’elle sait qu’elle va mourir…

La Passante du Sans-souci de Jacques Rouffio (1982)

Encore un film sur la Seconde guerre mondiale... Il y a quelque chose dans ce sujet récurrent qui la touche, peut- être lié au passé de sa mère (qui fut actrice officielle du régime nazi), peut-être lié au passé de son pays... mais pas que :  l’époque joue, on disait beaucoup à ce moment-là “Il faut regarder le passé pour construire l’avenir” rappelle Jean-Pierre Lavoignat.

Jean-Pierre Lavoignat explique : "C’est elle qui a voulu ce film : elle a choisi le roman de Kessel, Raymond Danon pour producteur, Michel Piccoli pour être son partenaire, elle a choisi Jacques Rouffio pour être le metteur en scène. Elle a tout choisi".

Le 5 juillet 1981, alors qu'elle est en plein tournage, son fils David décède tragiquement...

Elle est confronté tous les jours à un petit garçon qui a l’âge de son fils, qui en plus lui ressemble.

"Alors qu’elle est au fond du désespoir, que les Allemands veulent la remplacer, elle fait promettre à Raymond Danon et à Jacques Rouffio de ne jamais la remplacer. Ils font le film pour elle, sans assurance."

Ecoutez l'intégralité du portrait dans l'émission "On s'fait des films"

►►►ECOUTEZ | On s'fait des films, de Guillemette Odicino

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