Ce n’est pas tous les jours. Non ce n’est pas tous les jours ou plus précisément tous les mercredis que l’on peut découvrir sur grand écran un film péruvien. Et quand il s’agit d’un beau film, le bonheur et la surprise sont au rendez-vous. « Fausta » de la réalisatrice péruvienne Claudia Llosa est dans les salles depuis hier. Le prénom du titre français, c’est celui de l’héroïne, une jeune fille dont la mère vient de mourir. Cette mère, d’une beauté sidérante, qui avait été violée alors qu’elle portait l’enfant de l’homme de sa vie assassiné sous ses yeux. Il faut que Fausta fasse le deuil de sa mère et prenne son envol. Mais, il faut d’abord qu’elle s’occupe des funérailles de sa mère et pour cela trouver tout de suite du travail… Fausta, c’est Magaly Solier, jeune actrice d’exception qui fait passer dans son jeu une infinie variété d’émotions. Car il s’agit évidemment d’un récit d’initiation. Pleutre, Fausta ne l’est assurément pas mais paralysée par la peur décidément oui. Si lâcheté il y a ou il y a eu, c'est celle d'une société toute entière face à un terrorisme déchaîné et impitoyable. Cette peur trouve ses origines dans le Pérou de la violence et des guérilleros sanglants du Sentier lumineux. Vingt ans après, les blessures saignent encore : Fausta et la fleur de sa peau sont les vestiges de ce passé qui ne passe pas. Elle incarne une histoire que l’on ne voit jamais mais que le Pérou ne parvient pas à oublier. L’histoire du film, l’histoire de Fausta, c’est par conséquent l’histoire de l’effacement d’une peur au contact des autres, de la vie et de ses promesses. D’autres sentiments que cette peur née du lait maternel vont alors naître progressivement dans le cœur de la jeune fille. Des sentiments communs, presque dérisoires. Des sentiments qui annoncent un printemps, un changement : l’espoir, la joie, la colère. Oui, la colère, parfait remède à la peur pour se rebeller, briser les chaînes. Et peut-être même affirmer un futur caractère volcanique qui mettrait un terme définitif au cercle vicieux de la peur. Pendant ce temps, dans la famille de Fausta, une noce se prépare. L’occasion pour la réalisatrice de montrer par petites touches ironiques ou burlesques, la vie quotidienne dans un quartier très populaire de Lima où règne une agitation fiévreuse. De cet ensemble naît un film profondément attachant à l’univers solidement singulier. Un voyage au pays de la peur combattue.Ah ! ça ira !La phrase du jour ?« Ce n’était pas du cinéma ! Le prospectus le disait clairement : le programme prévoyait la construction de sept cents appartements, de la studette aux cinq pièces. »Georges Pérec, « La Vie mode d’emploi »

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