« On n’a jamais vu la critique démolir le destin d’un film. Je suis bien placé pour en parler, puisque j’avais produit « Le Grand bleu » étrillé au 20 heures (de TF1) mais qui a connu le triomphe qu’on sait. » On doit à Patrice Ledoux, producteur délégué du film de Francis Veber, « L’Emmerdeur », ces propos aussi réjouissants que définitifs. Qu’il les prononce à l’occasion du cuisant échec du film de Veber ne fait qu’en renforcer l’intérêt. Je les dédie à mes amis Dominique Segall, Christophe Baratier et Charles Gassot qui n’aiment rien tant que trouver dans la presse leur bouc-émissaire idéal ! Et si, enfin, on cessait cette polémique ? N’ayant pas jeté la première pierre, je ne peux qu’inviter lesdits amis à baisser les armes. Chiche ?En découvrant récemment « La Guerre des miss » le prochain film de Patrice Leconte, j’ai été plongé dans un état semi gazeux. Patrice Leconte le brillant réalisateur de « Tandem », le sensible auteur du « Mari de la coiffeuse » aurait-il un frère jumeau au prénom partagé qui rêverait de marcher sur les traces de Maurice Cloche (« comme son nom l’indique » dixit Henri Jeanson) et de Philippe Clair (« Par où t’es rentré, on t’a pas vu sortir ? », film phare) ? Le pire, c’est qu’au centre de ce navet trône Benoît Poelvorde. Il faut sauver le soldat Benoît. Il faut que de vrais rôles lui soient proposés. Car c’est un immense acteur. Les dernières vraies et bonnes nouvelles de lui remontent au film de Benoît Mariage, « Cowboy ».Au fait, pourquoi ne pas en dire plus sur « La Guerre des miss » ? Parce que ce film ne nous aime pas et ne nous respecte pas, voilà tout. Lu dans le dernier « Journal du dimanche » un incroyable article intitulé « Des blogueurs récupérés par les distributeurs de fims ? ». Première précision, le point d’interrogation du titre est parfaitement inutile comme le prouve le contenu de l’article en question ! De quoi s’agit-il ? Laissons parler l’un de ces blogueurs : « Ce sont surtout les majors qui nous contactent, parfois au dernier moment. Elles oublient qu’on n’est pas journalistes. Qu’on a parfois un travail et un patron. On nous montre des blockbusters qui sont des films moins risqués. Mais les distributeurs français s’y mettent aussi. » Jonathan Fisher, 24 ans, a, on le voit, un sens de l’humour bien développé : évidemment personne n’oublie qu’il n’est pas journaliste notre blogueur. C’est même la raison pour laquelle les distributeurs font appel à lui et à tous ces petits camarades : ouf, enfin des non journalistes qui peuvent relayer de l’information. Le bonheur à l’état pur, même Dominique Segall n’avait pas rêvé d’une telle situation ! On apprend également que cet été, une projection de « Wall-E a été organisée juste pour les blogueurs avec un cocktail à la sortie. Ce que je redoute dans tout ça ? Le triomphe posthume et visionnaire de François Truffaut quand il disait : « Un jour des critiques de cinéma n’auront pas vu « L’Aurore » de Murnau ». Pour m’être promené sur ces blogs, je peux affirmer que ce jour est arrivé. Il est dommage que les professionnels du cinéma que sont les distributeurs se prêtent à ces manipulations médiatiques et développent ces pratiques malsaines. Qui veut faire l’ange fait la bête.La phrase du jour ? « Le cinéma finlandais de ces dernières années est indubitablement de l’art, mais est-ce du cinéma ? » Aki Kaurismäki, août 1980

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