Dino Risi et puis maintenant Jean Desailly. Rassurez-vous, ce blog ne va pas devenir une vaste nécropole façon « chambre verte » truffaldienne. Seulement voilà, cet acteur est pour moi l’homme d’un film et quel film ! « La Peau douce » de François Truffaut, réalisé en 1964, avec Françoise Dorléac et Desailly donc. Ce dernier est à tout jamais, avec Léaud, Denner, Belmondo, Depardieu et les autres, l’un des doubles plus ou moins secrets de Truffaut. Séducteur maladroit et portant un véritable culte à la littérature classique (Balzac), Pierre Lachenay (ça c’est un clin d’œil : Lachenay fut dans la vraie vie le meilleur ami de Truffaut) alias Desailly est l’incarnation parfaite de ces hommes version Truffaut qui restent de véritables enfants devant des femmes qui sont l’énergie et la vitalité mêmes. Chez Truffaut (et dans la vie, non ?) les hommes sont d’abord et avant tout plus ou moins lâches, plus ou moins en retrait d’un univers essentiellement féminin. C’est ce qu’incarne Desailly à la perfection : ce sera peut-être sa malédiction d’acteur car après « La Peau douce » les cinéastes tâcherons ne feront que dénaturer ce rôle. Il y a donc tout Truffaut dans « La Peau douce ». Il y a les jambes de Françoise Dorléac qui « arpentent le monde en tout sens et lui donnent son harmonie et son équilibre » comme le théorisera (!) Bertrand Morane alias Charles Denner dans « L’homme qui aimait les femmes ». Il y a la muse Dorléac-Deneuve annonciatrice des autres : Deneuve (Catherine), Moreau, Adjani, Ardant. Il y a une superbe musique de Delerue, le complice enchanté de Truffaut. Il y a même le véritable appartement de Truffaut qui est l’appartement de Desailly. Il y a aussi et sans qu’elle soit jamais dite, la phrase clé du couple selon saint François et de « La Femme d’à côté » en particulier : « Ni avec toi ni sans toi ». Et puis, il y a surtout du cinématographe avec ce noir et blanc parfaitement maîtrisé et ces jeux de lumière et de va-et-vient dans une banale chambre d’hôtel pour couple adultère. Il y a enfin un coup de fusil final qui contredit le titre mais qui n’est que le point d’aboutissement inévitable d’un film proprement sidérant.Revoir « La Peau douce » dans les jours qui viennent sur DVD ou ailleurs, c’est le plus bel hommage que l’on peut rendre à Jean Desailly.

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