« Sollicitude, nom féminin : attention soutenue à la fois soucieuse et affectueuse et témoignage de cette affection. Contraire : indifférence. » Ce pourrait être une bonne définition de la critique de cinéma, une façon de prolonger la belle définition de Jean Douchet : « La critique, c’est l’art d’aimer ». Je ne peux ce soir que me réjouir de la sollicitude dont viennent de faire preuve les auditeurs du « Masque et la Plume » pour le définitivement beau, le superbement émouvant, l’incroyablement labyrinthique film d’Arnaud Desplechin, « Un conte de Noël ». L’idée que cette saga familiale nordique qui fait de Roubaix la banlieue d’Elseneur touche autant les sensibilités de nombreux spectateurs me ravit et me comble d’aise.Et puis si la sollicitude (décidément un joli mot pour un bel état de l’âme) me convient, c’est également que son antonyme est l’indifférence. Or, cette semaine, j’ai vu beaucoup trop de films qui m’ont laissé indifférent : un film d’auteur français avec une actrice sublime, une comédie « populaire » française qui nous ramène trente ans en arrière, un premier film français maladroit et terriblement prétentieux et pour finir, hélas un quatrième film français d’un auteur aimé voire adulé et qui cette fois déçoit terriblement. Je vous entends déjà : « des noms, des noms, des noms ! ». C’est… non ! Placée sous la protection amoureuse de la sollicitude, cette chronique refuse d’en dire plus sur ces déceptions successives. On reviendra forcément sur ces films au fur et à mesure de leur sortie en salles. Ce qui laisse perplexe, c’est qu’à eux quatre ils balisent l’intégralité ou presque du champs couvert par les films français et leurs auteurs très différents : des jeunes, des vieux , des des scénaristes confirmés, des populaires et des élitistes, et puis, sur le papier des « vrais sujets ». Optimisme de l’intelligence : parions qu’il s’agit là de quatre exceptions et non d’une certaine tendance du cinéma français…Pendant ce temps, Clint Eastwood signe un film bourré de malice, de vivacité, à la fois testamentaire et plein de vie. Allez voir « Gran Torino » dès mercredi prochain et vous comprendrez mieux l’Amérique d’aujourd’hui. Sans oublier pour autant que sortent également « Bellamy » de Claude Chabrol et un magnifique documentaire « Nord Paradis » de Christophe Lamotte, portrait d’une maîtresse femme, chef d’entreprise, de famille, de clan et de guerre politique à ne rater sous aucun prétexte (si vous habitez la région Nord-Pas-de-Calais, ce film est déjà dans vos salles !). Tiens retour au Nord ! Décidément, le cinéma français a la tête dans ses nuages pour le moins bon et le meilleur.Sinon quoi ? La torera à cheval Conchita Cintron, surnommée la « Déesse blonde », est morte le 17 février dernier à Lisbonne à l’âge de 86 ans. Francis Marmande, comme à son habitude en fait un beau portrait plein de sollicitude dans « Le Monde » daté dimanche-lundi. Mais ce n’est pas du cinéma, me direz-vous ! Non, mais c’est la vie, et quelle vie !La phrase du jour ? « Comment peut-on reprocher à un président de la République d’avoir une Rolex ? Enfin, tout le monde a une Rolex ! Si, à 50 ans, on n’a pas une Rolex, c’est qu’on a raté sa vie. » Jacques Séguéla, France 2, 13 février 2009. Si un scénariste avait mis cette phrase dans la bouche de l’un de ses personnages, on aurait crié à l’outrance et à la caricature. C’est la preuve qu’il y a aura toujours plus fort que le cinéma, hélas : la connerie.

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