Après les deux derniers James bond "Skyfall" et "Spectre", le cinéaste britannique Sam Mendes emporte son spectateur au cœur de la Première Guerre mondiale, pour une plongée dans l’enfer des tranchées, aux côtés de deux soldats inconnus. Si seul Michel Ciment est partagé, tous ont trouvé le film spectaculaire.

"1917" : photo de l'acteur George MacKay
"1917" : photo de l'acteur George MacKay © Universal Pictures France

Le film présenté par Jérôme Garcin 

Sam Mendes réunit des acteurs inconnus comme George MacKay, Dean-Charles Chapman. Avec aussi deux golden globes et pas moins de dix nominations aux Oscars. 

Voici deux jeunes caporaux britanniques, qui ont pour mission de traverser les lignes ennemies afin de délivrer un message qui pourrait empêcher une attaque anglaise, où périraient 1600 soldats. Un film qui donne l’illusion d’un plan-séquence unique avec une caméra qui court de tranchée en tranchée, qui saute au-dessus des barbelés, qui enjambe les cadavres et qui ne s'arrête jamais afin que le spectateur soit immergé en temps réel dans la guerre de tranchées.

Sophie Avon a adoré !

SA : "J'ai été bouleversée par le film. J'ai marché complètement, j'ai été emportée, j'ai été subjuguée

Je trouve que la façon dont Sam Mendes montre cette guerre-là comme un boyau unique et solitaire, où on ne voit pas beaucoup les adversaires, qui conduit inexorablement de l'autre côté des lignes, mais évidemment de l'autre côté du miroir surtout, en passant par le royaume des morts avec cette idée qui hante le film : la guerre, c'est la mort, même si on en réchappe. Parce que même si on en réchappe, on meurt à soi-même. Et puis, on perd tout : son innocence, ses amis, ses illusions. 

Je trouve que c'est très fort ! 

J'ai lu quelque part que le film n'avait pas de points de vue, je ne suis vraiment pas du tout d'accord avec ça, parce que cette idée-là, c'est un vrai point de vue, elle n'est certes pas forcément originale, mais vraiment magnifique et incarnée. 

C'est non seulement un film d'apprentissage, mais c'est vraiment un film sur la condition humaine sans être lugubre

Au moment où le personnage se laisse dériver dans le fleuve, cela emprunte à la mythologie, on pense irrésistiblement au Styx. Tout nous ramène à ça. Et pourtant, on n'est pas obligé de mourir pour connaître la mort : c'est ce que le film dit. 

En effet, la forme est très forte et très pensée parce que ces héros en passent par tous les états, ils sont dans une lessiveuse en permanence... La forme du film, elle aussi, passe par tous ses états et n'en finit pas : on est dans un film d'action, de guerre, dans une chronique, presque dans une romance et, à un moment donné, on bascule dans du surnaturel

On est vraiment dans un film fantastique, produit presque par la surenchère de réalisme

"1917" : L'acteur George MacKay
"1917" : L'acteur George MacKay / 2019 Universal Pictures and Storyteller Distribution Co, LLC

Michel Ciment est très partagé car, d'après lui, le film est justement trop spectaculaire...

MC : "Évidemment, c'est le film le plus spectaculaire et le plus cinématographique de l'émission. Incontestablement, c'est un film important, mais, en même temps, je suis partagé.

D'une part, j'admire le projet de Sam Mendes sur une guerre statique, où les gens étaient embourbés et n’avançaient pas… et de faire là,  justement, un film complètement dynamique avec des gens qui courent tout le temps.

C'est comme si la Première Guerre mondiale ressemblait à la Deuxième Guerre mondiale

Deuxièmement, c'est tellement brillant, acrobatique, avec ses plans séquences extraordinaires, que finalement, on admire plus la prouesse technique que l'émotion qui devrait naître... 

Je n'ai pas été véritablement ému comme je l'avais été par Les sentiers de la gloire de Stanley Kubrick qui est en plus une analyse du rapport de force entre les gradés et les troufions. 

Je n'ai pas du tout senti une véritable émotion 

Il y a une sorte de distanciation qui est créée par l'esthétique. 

Je trouve qu'il n'y a pas un vrai point de vue sur cette guerre et que Kubrick lui, l'a fait, que Francesco Rosi a fait, que Joseph Loseya fait. 

C'est plus un film d'immersion plutôt que de réflexion

Je pense que Sam Mendes est un grand metteur en scène de théâtre qui, quand il fait du cinéma, veut montrer à tout prix qu'il n'est pas un homme de théâtre, il veut faire du cinéma. Il le réussit parce que son film, encore une fois, est virtuose mais c'est autant le film de Roger Deakins, un immense chef opérateur, qu'un film de Sam Mendes

En plus, ce qui me gêne, c'est le postulat de départ, je croyais que pendant la Première Guerre mondiale, il y avait le morse, le commandement avait un moyen d'envoyer des messages, il n'était pas obligé d'envoyer deux troufions traverser toutes les lignes ennemies pour risquer de se faire tuer. Je n'ai pas tellement entendu parler, dans la Première Guerre mondiale, de lignes coupées, et les gens réussissaient tout de même à communiquer. Cela dit, c'est un détail. 

C'est un film à voir absolument, mais qui n'est pas le grand film que j'aurais aimé voir

Pour Eric Neuhoff, "c'est un très bon film dans lequel on est immédiatement embarqués avec les personnages" 

EN : "Je ne sais pas si c'est un grand film, mais en tout cas, c'est un très bon film. On est assis là et, tout d'un coup, on se retrouve embarqué dans ce cauchemar dont les héros ne vont pas se réveiller

Ça commence de façon très bucolique. Ils sont en train de faire une vague sieste dans un champ, puis paf, ils vont se retrouver en enfer

Ce qui est bien, c'est que ces deux soldats, ils n'ont pas grand chose en commun et on ne sait pas tellement ce qu'ils ont fait avant. Il y en a un qui sort de la bataille de la Somme et l'autre dont le frère fait parti des soldats qu'il faut sauver. Mais sinon, ils ne ressemblent pas, ils apprennent à se connaître et ils sont là malgré eux. 

On voit ce parcours, cette espèce d'odyssée au milieu des cadavres, des champs de mines, des barbelés et le côté plan séquence unique, c'est peut-être de la virtuosité gratuite mais ça sert beaucoup le propos

On est avec eux, on est embarqué. C'est une fuite en avant et ça doit durer 24 heures au lieu de deux. Mais on sent le temps passer. 

On passe par tout un tas d'épisodes et de sentiments

Il y a une scène magnifique à un moment donné, où l'un d'eux tombe dans une cave sur une jeune fille avec son bébé qu'elle ne veut pas nourrir. Et là, on bascule tout d'un coup dans quelque chose de très romanesque, de très sensible, de très tendre et de bouleversant. Il y a un accident d'avion, il y a la trahison, il y a aussi l'innocence qu'on voit fondre petit à petit au cours du trajet de ces deux gamins qui ne seront plus jamais les mêmes et qui se souviendront toute leur vie de ce qui s'est passé pendant ces 24 heures. C'est vraiment une journée inoubliable ! 

"1917" : George MacKay
"1917" : George MacKay / 2019 Universal Pictures and Storyteller Distribution Co., LLC

Charlotte Lipinska est impressionnée par "la qualité immersive du film qui est, selon elle, le plus grand de ce début d'année !"

CL : 

C'est très impressionnant ! Ça fait longtemps que je n'avais pas été embarquée comme ça. 

Cet aspect immersif à hauteur d'hommes. Et dans ces circonstances, ce sont les pieds dans la gadoue et la tête rentrée dans les épaules pour essayer d'éviter les balles qui peuvent survenir de n'importe où. 

Quand on voit ces deux garçons partir et traverser les lignes ennemies dans la plaine, on se demande ce qui va se passer pendant deux heures dans ces grandes étendues complètement désertiques où il n'y a pas un chat à l'horizon. Mais le scénario est quand même suffisamment malin pour qu'ils aient des étapes à franchir, des rebondissements, des rencontres inattendues

On est avec eux pendant deux heures, on est happés. J'avais l'impression que mon cœur s'emballait au fur et à mesure !

Au-delà de la virtuosité des six ou sept plans séquences qui composent le film, c'est qu'il y a un traitement progressivement différent. Et suite à cette fameuse scène d'accalmie où il rencontre une jeune fille, le héros va devoir traverser un village en ruines où, là, on est dans un film d'horreur : c'est comme si la réalité lui échappait. Ce pauvre garçon ne sait plus où il est, il est sonné et tout marche sur des ombres. À tel point qu'on se dit que ce n'est pas possible, qu'il rêve forcément, qu'il ne vit pas vraiment ça car nous ne savons plus nous-mêmes. 

C'est certainement le grand film de ce début d'année, et qui va le rester pendant plusieurs mois

"1917" : Les acteurs Dean-Charles Chapman et George MacKay
"1917" : Les acteurs Dean-Charles Chapman et George MacKay / Universal Pictures International France

Le film

► Sortie en salles le 15 janvier 2020.

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9 min

"1917", de Sam Mendes : les critiques du Masque & la Plume

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