Une fois n’est pas coutume, mais je ne résiste pas au petit plaisir de chroniquer pour vous l’intégralité des sorties en salles du mercredi à venir. Il n’y a cette semaine « que » huit films contre quatorze la semaine suivante. Pourquoi ? Comment ? Je suis incapable de répondre à ces questions : la distribution des films est l’un des grands mystères de ce temps. Quoi qu’il en soit, voici ce que vous allez voir !« La Bande à Baader » de Uli EidelIl s’agit, on s’en doute, de l’histoire de la Fraction Armée rouge qui s’illustra en RFA dans les années 70, les années de plomb. À la réalisation, Uli Edel dont le premier long métrage, sorti en 1981, s’intitulait « Moi, Christiane F., 13 ans, droguée, prostituée ». Peut-on faire d’un film sur la Bande à Baader un film d’action. ON peut tout faire au cinéma, me répondrez-vous. Certes. Alors disons que je pense qu’il ne faut pas faire un film sur la bande à Baader comme un film d’action. Sous peine d’appliquer à des terroristes, d’autres codes et d’autres règles que ceux de l’analyse politique. Edel passe littéralement à côté de ce qu’a représenté ce mouvement terroriste. Un seul exemple suffira. C’est celui d’une absence non seulement coupable mais troublante. De quoi s’agit-il ? En enlevant puis en tuant Hans-Martin Schleyer, la Fraction armée rouge faisait coup double : on liquidait à la fois le patron des patrons et un ancien officier SS. CQFD : on tire sur le passé nazi et antisémite de l’Allemagne d’hier. Pas si simple hélas, la même bande avait prévu de commettre un attentat contre la communauté juive de Berlin le 9 novembre 1969, soit précisément le jour anniversaire de la Nuit de Cristal. La vulgate antisioniste ne tient plus dans ces conditions : c’est bien d’antisémitisme pur et simple dont il s’agit. Pourquoi rien n’est dit sur une fracture aussi abyssale dans le film d’Edel ? Pourquoi taire le fait que certains membres de la RAF se sont reconverti à l’extrême droite ?Au lieu de cela, Edel, dans le dossier de presse, se vante d’avoir scrupuleusement reconstitué la réalité : 119 balles ont été tirées le jour de l’enlèvement de Schleyer, 119 balles ont été tirées le jour du tournage de cette scène ! La belle affaire ! Edel a une âme de comptable. Non décidément, l’histoire de la bande à Baader n’est pas un bon scénario pour un film d’action. Ou bien, suivez mon regard, il s’agit d’un film d’action… directe. Ce n’est pas le nombre de balles qu’il faut restituer, mais la problématique d’une génération perdue.« The Duchess » de Saul DibbComment s’ennuyer ferme alors qu’on vous raconte l’histoire d’une Lady Di du XVIIIe siècle qui aurait également croisé Beauvoir et le MLF ? En allant voir cette soporifique fresque historique d’un classicisme déconcertant, on entre au musée de Madame Tussaud. Rendez nous « Barry Lindon » !« L’Echange » de Clint EastwoodQue les choses soient claires, Eastwood est un immense réalisateur. Il reprend ici l’un de ses thèmes favoris : le massacre des innocents. Et pourtant, la grâce n’est pas au rendez-vous avec ce film lourd, académique, profondément bancal et terriblement convenu. Angelina Jolie, redoutable avec son bibi clair-obscur posé en permanence sur l’équilibre de sa tête de pauvre maman victime de la terre entière (ouf !), Angelina donc n’est pas pour rien dans ce beau désastre : elle alourdit considérablement un propos déjà bétonné. Beaucoup de mes confrères adorent. Moi pas !« Les Grandes personnes » d’Anna NovionCe n’est pas tous les jours que l’on (re)découvre avec bonheur les somptueux paysages suédois sur grand écran. La vraie grande personne de ce premier film prometteur, c’est peut-être précisément la géographie suédoise. Elle fait partie intégrante d’un scénario par ailleurs un peu flemmard qui fait du coup trop confiance à trois acteurs en grande forme : Jean-Pierre Darroussin, Anaïs Demoustier et Judith Henry. On attendrait un peu plus de mystère. « Max Payne » de John MooreUn « Sin City » sous-vitaminé tellement grotesque qu’on finit par rigoler. Et dire que ce film sort dans 400 salles. C’est de l’occupation abusive d’écran, ou je ne m’y connais pas.« Serbis » de Brillante MendozaC’est d’abord l’œuvre d’un cinéaste philippin dont l’œuvre naissante (« John John » film aussi précédent que passionnant) ne laisse décidément pas indifférent. Le portrait halluciné et hallucinant de ce cinéma « Le Family » (sic) où la pornographie est sur l’écran ET dans la salle de façon concomitante, correspondante et corrélative ! Mendoza filme les corps au plus près, comme les sentiments. On ne ressort pas indemne de ce Family là, tout simplement parce qu’il nous bouscule comme il faut. Et surtout parce que Mendoza a l’incroyable audace de faire du cinéma à travers d’abord une bande son omniprésente, reflet d’une réalité sonore populaire dont nos chastes et policées oreilles occidentales n’ont plus l’habitude, et ensuite parce que le cinéaste accorde à ses images de l’importance, voire de l’essentiel, vertu moins fréquente qu’il n’y paraît en ces temps où un Depardon ou un Mendoza ne font pas le printemps.« Stella » de Sylvie VerheydeAh ! on l’aimerait tant ce film s’il ne s’encombrait pas d’une voix-off amélipoulienne totalement hors de propos, anachronique et parasite. À cause d’elle, à cause de cette maudite médiation lourdement littéraire dans le cas présent qui enlève toute crédibilité, on se surprend à regarder de haut la vie de cette petite fille qui pourtant devrait nous toucher tout autant que celle, en pleurs, vêtue d’une robe rouge ou bleue, qu’a rencontrée, au pied d’un escalier, Bertrand Morane, vous savez bien « l’homme qui aimait les femmes », et qu’il a consolée. Mais non, on reste stupidement à écouter ses commentaires de vieille adulte dignes seulement d'un film de Kurys. Et on enrage, parce que le casting est là avec Benjamin Biolay, Guillaume Depardieu, Léora Barbara… Et puis, au milieu, brille Karole Rocher, la mère de l’héroïne, qui existe dès le départ, que l’on suit pour ce qu’elle est, une Madame Bovary du Balto du coin de la rue, et qui en une réplique, un nom, adressé à son mari de Biolay donne à son personnage toute la profondeur d’une Bonnaire chez Pialat. Pour elle, quoi qu’il en soit, il est vivement conseillé d’aller voir « Stella ». « Vilaine » de Jean-Patrick Benes et Allan MauduitLa question la plus abyssale qui peut naître à la suite de la projection de ce film calamiteux est : « Comment peut-on se mettre à deux pour réaliser « ça » ? » À propos de Maurice Cloche, Henri Jeanson avait simplement écrit : « Comme son nom l’indique ». À propos du film appelé « Vilaine », il y a juste un « e » en trop dans le titre pour paraphraser Jeanson et employer un adjectif issu d’un langage soutenu pour un film qui méprise celui qui fait l'erreur de le regarder.C’était ma semaine du spectateur.La phrase du jour ?« La main de cet homme était froide comme celle d’un serpent. » Ponson du Terrail

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