René Féret
René Féret © MaxPPP

Avant-hier soir, lundi 27 avril, nous étions 115 spectateurs, oui 115 spectateurs, à 18 heures pour voir ensemble au cinéma Le Vauban à Avallon, dans l’Yonne, le nouveau film de René Féret « Anton Tchekhov 1890 » puis à 20 heures l’un de ses films précédents, « Promenades d’été » . La soirée était organisée par le dynamique Ciné-club «François Truffaut » de l’Avalonnais.

Hier matin, le cancer gagnait son combat contre René Féret. Ainsi donc durant quatre heures, des cinéphiles auront rendu le plus bel hommage possible à un cinéaste : regarder deux de ses films, en parler ensuite et conserver à jamais le souvenir de cette soirée désormais pas comme les autres.

Et, comme par malice, quelques scènes de « Promenades d’été », réalisé en 1992, se déroulent dans ce cinéma d’Avallon même… Initialement René Féret aurait dû assister à cette séance, la maladie en avait décidé autrement. Mais, ce lundi-là, il fut sans cesse présent dans ce cinéma qu’il avait donc filmé, il y a plus de vingt ans.

Depuis 1975 et son « Histoire de Paul », René Féret s’est employé à se raconter par le biais du cinématographe. Ses films étaient des histoires de famille, de troupe et de groupe . Pas seulement parce qu’ils étaient faits « en famille » avec sa femme, ses enfants, ses amis, ses proches. Pas seulement parce que leur économie aussi était « familiale » (Question de calcul : combien de films René Féret aurait-il pu réaliser avec le budget de l’unique film réalisé à ce jour par Djamel Debbouze ?…). Pas seulement parce que les sujets choisis par le scénariste René Féret, retenus et financés par les producteurs René et Fabienne Féret, tournés par le cinéaste René Féret, joués, entre autres, par Marie Féret puis montés par la monteuse Fabienne Féret, parlent d’histoires de familles dans le Nord de la France ou la Russie de 1890 et d’histoires de troupe de théâtre amateur et d’équipe de film dans le Paris de 2013. Pas seulement, mais pour toutes ces raisons ensemble. Et aussi parce que durant plusieurs années René Féret, avant de faire le cinéaste, avait fait l’acteur de Strasbourg à Paris en passant par Avignon, du temps où le théâtre en région était comme une pépinière (c’était le côté Mao de Malraux : que 100 000 fleurs, etc !).

Alors de film en film, de 1975 à 2015 seulement hélas, on a découvert un univers à l’infinie délicatesse . 18 films au total filmés à hauteur d’humanité quand bien même il s’agit de la sœur de Mozart ou du plus grand dramaturge russe. A chaque fois, on fut ému, surpris, emporté par ce regard qui savait si bien et raconter une histoire et peindre des personnages. En devenant auteur, l’acteur René Féret n’avait jamais perdu de vue pour les autres le plaisir de jouer et pour le spectateur celui de regarder, vibrer, rire, pleurer. L’essence même du théâtre adapté à la représentation cinématographique. Le grand écran plutôt que la scène, mais la même exigence, la même volonté de fuir l’esbroufe et d’atteindre la sincérité du spectacle. Là réside l’art de René Féret, cinéaste trop souvent oublié dans les livres, festivals, rétrospective et autres hommages dont le cinéma est pourtant si friand. On peut le dire maintenant René Féret avait manifestement la grâce, celle qui consiste par le cinéma à nous faire ressentir autrement les vibrations du monde. Comme sait le faire Alain Cavalier, par exemple. Comme savait le faire Bonnard.

Souvent, très souvent, on avait envie d’entrer dans ses films pour s’y cacher en se disant que forcément le bonheur devait y être…

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