Je m’en veux de ne pas avoir relevé dès hier l’un des propos de Mocky sur les critiques de cinéma. Durant l’émission, il est parti en « solo » ( !) sur l’un de ses développements-dérapages dont il a le secret. On pourrait ne pas relever et mettre cela sur le compte d’un esprit fantaisiste et foutraque. Mais, non ! Ce qu’a dit Mocky mérite d’être à la fois relevé et commenté. En substance, le cinéaste nous a dit que les grands critiques de cinéma sont morts et qu’ils étaient homosexuels, à l’instar de Jean-Louis Bory et Serge Daney ! Un raccourci tautologique ? Si peu ! Que les choses soient claires, il ne s’agit pas ici d’un plaidoyer pro domo au motif que je suis critique de cinéma, vivant et … Stop, c’est là où Mocky franchit évidemment une ligne jaune. Que vient faire l’orientation sexuelle là-dedans ? Pourquoi cette référence à l’homosexualité de Daney et de Bory ? Mocky croit-il vraiment à ce qu’il dit ? Donc pour lui les homosexuels feraient de bons critiques de cinéma ! Je suis resté dans un état de sidération au moment où il a proféré une telle idiotie.Car, c’est une idiotie. Contre laquelle, il faudrait se battre et argumenter autrement qu’en alignant la liste des bons critiques de cinéma… hétérosexuels. Mais le faire serait rentrer dans le jeu de Mocky : liste contre liste, sexualité contre sexualité, identité contre identité. A vomir. Parce qu’il faut refuser cette façon de caractériser l’autre dès lors qu’il s’agit du domaine professionnel et de la sphère publique. Une fois plus, l’horrible communautarisme pointe son nez au détour d’une phrase « anodine ». Il y aurait donc la communauté des « bons critiques de cinéma homosexuels » ! Décidément inepte et décidément inquiétant. N’en déplaise à Mocky, je continuerai de lire et de relire Daney, Bory et tant d’autres sans savoir ce qu’il faisaient de leurs corps après les projections de presse ! N’en déplaise à Mocky, je trouve qu’il se fait le baveux d’une cause nauséabonde en défendant ainsi des approches identitaires. N’en déplaise à Mocky, le monde ne saurait se découper en tranches fines que l’on rêve d’étiqueter par catégorie. Le mystère pour moi, c’est de trouver ce qui se cache derrière de tels discours normatifs et donc réducteurs. La peur peut-etre ? c’est tellement rassurant de se dire qu’untel a tel talent parce qu’il est dans sa vie privée ceci ou cela. Face à une pensée aussi faible et défaillante, quelle attitude adopter ? Mais la constance évidemment ! La belle, la solide, la prometteuse constance des valeurs universelles fondées sur le respect de l’intimité de chacun, à l’aune de sa vie rêvée. Tout le reste n’est que faribole.La phrase du jour ?« Je me levai puis marchai d’un bon pas car j’étais pressé de vivre. »Eric Fottorino, « Les Baisers du cinéma »

Mots-clés :
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.